P comme Prestataire vs Consultant

Félicitations, depuis cet été vous êtes tout jeune diplômé d’une école ou d’une université (barrez la mention inutile) ou mythomane force dix. Votre bac +5, +6, +7, +8 (barrez encore) en poche, vous avez laissé passer l’été. Vous saviez que ce serait le dernier, avant votre entrée dans la vie active. Il fallait en profiter et vous avez eu raison. Vous avez même traîné un peu plus en faisant les vendanges. Mais maintenant c’est terminé. Fini la vie de bobo romantique en fumant de l’herbe au milieu des raisins ou en buvant du jus de raisin dans l’herbe. Il faut vous lancer, le futur Gordon Gekko sommeille en vous et ne demande qu’à se réveiller. Tremblez Finance, Banque, Assurance, Industrie (barrez toujours), vous êtes dans la place.

Pendant trois mois vous n’aviez pas trop regardé le marché de l’emploi. Vous savez que c’est la Crise, mais vous êtes un winner archi-diplômé et vous savez que le CAC 40 n’attend que vous (archi-diplômé mais un peu con quand même, ne barrez rien). Vous êtes certain de votre expertise et depuis une vingtaine de jours, vous avez adressé vos mails de candidature à ces grandes boîtes, fleurons de l’économie française et parangons des avantages sociaux. Les plus doués pour les langues ont même postulé à travers l’Europe, grands fous.

Les retours sont un peu longs à venir.

Même étrangement longs.

Très, très longs.

Nous vous avions bien dit que tout archi-diplômé que vous êtes, vous restiez limité de la caboche. C’est là votre moindre problème. Votre vrai gros problème reste vos parents ! En effet, si au lieu de vous élever pour faire de vous quelqu’un de bien (nous l’espérons, sinon sortez d’ici immédiatement). Si au lieu de cela, ils avaient constitué leur réseau, joué des relations. Si votre mère avait fait don de son corps au corps dirigeant français ; vous seriez à l’abri et votre entrée dans la vie active, une pure formalité. Si votre parrain n’était pas garagiste sur la N128 mais grand patron d’une banque d’investissement, cela vous coûterez plus cher à la vidange mais vous auriez déjà votre petit badge avec votre petite photo, votre petit bureau et votre petit boulot.

Heureusement une autre opportunité se présente à vous : le Conseil. Oui bon d’accord, au départ le Conseil ce n’est pas évident. Cela fait un peu grand-mère avec ses bons conseils. Mais vous allez voir comment c’est super bien en fait le Conseil. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si depuis un mois des sessions de recrutement massives sont organisées sous le joli nom de Salons. Ou pour les plus audacieux, des séances de speed-recrutement. Maintenant on trouve un boulot comme on compte fleurette ou comme on choisit sa voiture. C’est beau le progrès ! Que rien ne l’arrête.

Dans les profondeurs du CNIT ou dans les plaines du 9-3, se tiennent ces rassemblements qui vont vous ouvrir les portes du CAC 40 avec l’étiquette de Consultant. Il se peut qu’à ce stade vous hésitiez encore. Mais non, il ne faut pas, vous aussi devenez Consultant ! Rejoignez ce métier fait de diversité, d’enthousiasme, de challenges et d’échanges. Ne cédez pas au train-train de la vie d’entreprise, remettez-vous tous les jours en question pour avancer, travailler sur des projets phares, booster votre carrière. C’est décidé, vous aurez votre place dans une grande entreprise en devenant consultant.

Consultant c’est pour papa-maman, dans la réalité vous êtes un presta, un prestataire, issu d’une boîte de prestation. Ne rêvez pas trop sur le fait que votre futur client vous consulte, on va juste vous demander d’assurer une prestation. Consultant/Prestataire c’est Dr Jekyll/M Hyde. On vous vend le clinquant, vous allez vivre la face obscure. Comme la cantine, le ménage, l’aménagement floral des bureaux, les  bureaux eux-même, la flotte automobile, le service Paye, les hôtesses d’accueil, les entreprises louent tout. Alors vous allez être loué comme étant le meilleur et surtout le moins cher (il faut entendre loué au sens de location et non d’éloges laudatifs). Ici les entreprises vont tenter d’acheter au plus bas prix votre matière grise. Jekyll/Hyde, positif/négatif, meilleur/moins cher, vous commencez à saisir le paradoxe ?

A vous les avantages sociaux à minima, mais des salaires très au-delà de la moyenne des français. L’intérêt de ce boulot est là, dans le salaire. C’est en quelque sorte le prix de votre silence. Quand on touche de tels salaires on ferme sa gueule ! C’est indécent. Alors vous me direz qu’avec un tel boost de carrière et un tel salaire, pourquoi se plaindre ? En effet pourquoi ? En plus c’est la crise ! Vous avez de quoi manger et un toit sur la tête, alors vos gueules les bobos !

Attention aussi à relativiser, si votre salaire vous permettra de partir en vacances, n’espérer pas gagner assez pour acheter un trois-pièces dans Paris (sauf à pratiquer la polygamie avec d’autres consultantes, mais vous faites ce que vous voulez à l’abri de la morale et du droit français) ou à devenir une expert qui quittera le monde de la prestation pour une vraie boîte de conseil, voir intégrer directement l’entreprise de son client. Ce n’est pas le salaire des consultants qui est très élevé, ceux sont les autres qui sont bien trop bas. Mais nous n’en sommes pas encore là. Donc point d’atermoiement, vous êtes un winner, alors trêve de jérémiades et direction le fameux salon. Nous ne vous en conseillerons aucun. Ils se valent tous.

Costume-cravate et/ou tailleur cintré (vous portez ce que vous voulez), vous voici devant les portes d’entrée du salon. Enfin devant les portes, c’est vite dit. Avec 10 minutes d’avance vous constatez qu’une bonne centaine de personnes vous précède. Et à l’ouverture des portes, le mot de salon va virer à la boucherie. Vous allez devenir la vache qui va passer de maquignon en maquignon, qui sera examinée sous tous les angles, jugée, épiée, pesée et qui en sortira abattue. Normalement on ne doit pas vous caresser la croupe (enfin cela ne m’en encore jamais arrivé). De la viande ! Bienvenue à Viandard’s Land !

Avec votre dizaine de CV vous avez une vague idée des boîtes que vous souhaitez rencontrer. Devant les stands de chacune d’entre elles, deux heures de queue. Quand vous arrivez devant un potentiel recruteur celui-ci vous examine, vous juge, vous épie et vous sous-pèse tout en écoutant vaguement votre présentation. Puis il récupère votre CV et conclue d’un classique « on vous rappellera », non petit naïf ! Dans le doux monde du Consulting sa conclusion sera plutôt : « C’est un CV très intéressant, en plus nous avons de grandes demandes sur un profil comme le tien, je prends ton CV, je te laisse ma carte et je reviens vers toi très vite. » Ne vous familiarisez pas, chez les consultant tout le monde se tutoie. Vous allez être traité comme un cochon, cela autorise ces familiarités.

Premier retour d’expérience, la notion de vitesse est très relative (cf : E=MC²). Dans les salons, les SSII et les cabinets de conseil ne recherchent pas les perles rares. Celles-ci, ils les chassent autrement, ailleurs. Ils cherchent à constituer leur troupeau, leur vivier, leur chiourme dans lequel ils puiseront … au besoin … un jour … s’ils ne trouvaient pas dans leurs propres effectifs en inter-contrat, le consultant qu’il leur faut. Vous remarquez la relativité de la vitesse d’un seul coup.

En plus les salons ont des horaires qui vous desservent. Hors pause-déjeuner vous êtes un chômeur et un consultant n’est pas un chômeur, c’est un winner. Avantage, vous n’attendez pas deux heures devant chaque stand. Le midi vous devenez un social traître qui, au lieu de se sustenter, préfère trahir sa boîte. D’ailleurs ne vous inquiétez pas d’être un social traitre, dans le consulting le seul social que l’on connaisse et tolère c’est le Buena Vista Club. Inconvénient, le temps devant chaque recruteur potentiel vient de passer à trois heures.

Second retour d’expérience, inscrivez-vous sur internet à ces salons (et vous serez automatiquement averti des prochaines rencontres). Rendez-vous sur place afin de valider votre entrée dans le salon, faites un petit tour afin de récupérer LE guide édité pour l’occasion et rentrez chez vous. Ce guide est le sésame. Il comprend une page par entreprise. Cette dernière s’y décrit et liste ses attentes. Mais surtout vous avez les adresses mails des RH et/ou managers (c’est autre chose que le contact@entreprise.fr à qui vous adressiez vos CV jusqu’à présent). Armés de votre guide, rentrez chez vous et envoyez des mails ciblés.

Troisième retour d’expérience : Les managers présents sur les salons fument. Et ils fument en groupe, le manager est moutonnier. C’est son mode de défense. Un manageur seul risque trop facilement de disparaître, emporté par la fureur de ses consultants. La cigarette peut être l’occasion de glisser son CV en passant outre les deux heures de queue. Attention cependant les cendriers sont généralement au-dessus de poubelles qui pourraient servir de destination finale à votre CV. Au passage, prenez leurs cartes, cela leur fait tellement plaisir.

Ce n’est pas encore signé mais vous sentez que vous êtes sur la bonne voie pour le métier de Consultant. Vous avez aimé l’ambiance du salon, ce sentiment d’une émulation intellectuelle, d’une force de travail et puis les goodies étaient tellement bien. Si tel était le cas vérifiez votre guide vous deviez être au Salon du X.

Vous avez vraiment aimé les managers rencontrés. Ils vous ont semblé si sympas et si cools, accessibles en plus et pas le melon, simples, directs. Ce doit être un plaisir de travailler avec eux. Nous dirions que vous êtes sur la bonne voie pour devenir Prestataire/Consultant vous venez de réussir une des phases importantes du métier : faire la pute. Pour info, au Salon du X, la même finalité vous aurait rapportée bien plus. Vous verrez, cela ira mieux demain.

Futurs prestataires à l’entrée d’un salon de recrutement.

Prochain article : C comme Curriculum Vitae, le 10 octobre 2010

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2 commentaires pour P comme Prestataire vs Consultant

  1. Illusion dit :

    Je me souviens d’un associé d’une boite de conseil en « statégie opérationnelle » ( déjà vive l’oxymore car la stratégie ce n’est pas censé être de la mise en oeuvre opérationnelle) et management qui disait que le consulting était le plus vieux métier du monde…
    Mais les consultants ne deviennent jamais vraiment vieux : à 35 ans on ne se recase plus ou très difficilement en interne, et à 40 ans si on est pas directeur ( au dessus de mananger Senior), on est sur la scellette…
    En tant qu’ancien opérationnel, il n’y a pas un jour où je ne regrette d’etre devenu consultant et d’avoir cédé au mirage du consulting : accélérateur de carrière, relations avec des DG, bla blah blah
    Le pire même étant une fois de rebosser dans la même boite avec le statut … »@ exterieur.fr » ( quelle ironie du sort…)
    Donc après le chant des sirènes, pour les consultants qui n’ont pas la fibre ou l’envie de développer pour monter dans la hiérarchie du cabinet et / ou n’arrivent pas à se recaser en interne, c’est le chant du cygne.
    J’ai encore quelques années pour tenter de retrouver un vrai job, style gestion de projet interne, MOA….
    Mais en cas d’échec je suis pas certain que cela ira mieux demain.
    Bon courage à tous, et pour les jeunes méfiez-vous de ce métier qui finalement peut se révéler un piège. Il vaut mieux ramer, faire des stages, et rentrer directement dans une vraie » boîte »
    PS : bravo pour ce super blog agréable à lire et tellement lucide

  2. ploooooc dit :

    Bon courage @Illusion et comme tu l’as souligné, la formule finale de nos billets est remplie d’ironie.

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