R comme Recrutement en ligne

Une personne jeune et dynamique comme vous, qui vise les plus hautes fonctions, dans les plus beaux bureaux, des plus belles entreprises ne peut pas être totalement indifférente au monde qui l’entoure. Vous êtes en fait un archi-connecté et la multiplication d’adresses mails, de comptes Facebook, Twitter, Flick, Vente-privée, vous rassure, en vous donnant l’impression d’être au centre de cette toile planétaire. Alors il y a bien longtemps que les sites de recrutement en ligne sont dans vos favoris et très régulièrement consultés. Nous évoquerons, ce jour, les Cadremploi, Monster, Apec et autres Keljob.

Une fois n’est pas coutume, nous nous ferons les avocats des SSII et Cabinets de Conseil. En effet, embaucher une personne, c’est du temps et le temps c’est de l’argent. Donc avant que vous n’ayez franchi le seuil de la porte pour votre premier entretien, vous avez déjà beaucoup coûté à votre potentiel employeur et peut-être en pure perte, si vous décidez de faire jouer la concurrence et d’aller voir ailleurs. Non, nous rigolons ! Nous vous parlons du siècle dernier, à une époque où les salaires étaient encore en francs. A une époque où le mot bureau signifiait une pièce et non un meuble.

Aujourd’hui, avec un copier-coller il est très simple de créer une annonce et de la répéter à l’infini sur tous les sites. Nous nous en voulons que vous ayez pu croire que le manager, le soir, à la chandelle, rédigeait à la plume d’oie sur papier vélin ses annonces. Pardon, nous ne le referons plus.

Vous souvenez-vous du pipe déjà évoqué (pour mémoire) ? Au bout du pipe, nous avons notre manager qui reçoit les demandes des client.

En un, il regarde si la mission présente un intérêt (non, pas pour le consultant, vous êtes bête), nous ne parlons que d’un intérêt financier. Est-ce son secteur, est-ce un client éventuel, est-ce qu’il va pouvoir augmenter sa marge personnelle en plaçant une personne sur ce poste ? Est-ce qu’il va pouvoir se payer la dernière berline allemande dont il regarde les tests au bureau, si vous restez trois ans en régie ? Les vraies questions de la vie !

En deux, il fait le tour de ses consultants qui sont en inter-contrat (entre deux missions). Quelle que soit l’envie, la formation et les souhaits de carrière de ces consultants, il va tordre l’annonce pour vendre du rêve à son équipe. Souvent, la réécrire pour qu’elle corresponde à vos compétences. Ne le blâmez pas, une fois qu’il a tordu l’annonce pour vous faire croire que c’est une mission géniale, il va devoir tordre votre dossier de compétence pour faire croire au client que vous êtes un consultant génial.

En trois, n’ayant personne sous la main, alors, il va faire ce qu’adore faire un manager : emmerder un autre manager en lui piquant une ressource de son équipe. C’est exactement la même chose que sur le point deux, sauf que ces consultants ne le connaissent pas forcément et ne connaissent pas non plus le degré d’enfumage qu’il va mettre autour de cette nouvelle mission. Cela lui permet d’augmenter sa marge en diminuant celle d’un autre manager. Extase suprême du manager.

En quatre, n’ayant rencontré personne à qui vendre sa mission de rêve au sein de son entreprise. Il va puiser dans le fameux vivier que sa SSII s’est constituée lors des salons de l’emploi (pour mémoire). Et vous recevez un message « Bonjour je suis […], manager chez […], je me permets de vous appeler suite au dépôt de votre CV lors d’un salon de l’emploi. Nous disposons d’offres … », la suite vous la connaissez si vous êtes en recherche d’emploi, vous l’entendez vingt fois par jour.

En cinq, il utilise les sites de recherche d’emploi, tout comme vous. Non pas comme un chercheur d’emplois mais comme un chercheur de chercheurs d’emplois. Et vous recevez un message « Bonjour je suis […], manager chez […], je me permets de vous appeler après avoir consulté votre profil sur une CVthèque du net (on dit aussi JobBoard pour faire moderne). Nous disposons d’offres … », la suite vous la connaissez si vous êtes en recherche d’emploi, vous la lisez vingt fois par jour.

Et si malgré tout cela il n’a trouvé personne alors, en six, il publie une annonce via internet. Vous ne vous rendez vraiment pas compte du mal que se donnent ces pauvres managers alors qu’ils pourraient tranquillement choisir sur internet les jantes de sa future berline allemande.

Vous voici donc sur un site de recrutement en ligne. Quand vous arrivez sur ce genre de site, vous êtes invité à remplir et laisser votre CV. Cela ne sert qu’à permettre à des managers, via un accès qu’ils payent de consulter la CVthèque/JobBoard. La publication d’une annonce restant assez chère, l’accès aux CV satisfait largement les entreprises.

Si vous n’avez jamais vécu une surchauffe de portable, faite l’expérience : mettez votre CV en ligne sur ces sites et attendez. Généralement à partir de 10h du matin cela commence à frémir avec un énorme bouillonnement dans le milieu de l’après-midi et l’explosion qui se situe entre 18h et 20h. Attention, jeune padawam, vous n’aurez que des réponses de SSII ou cabinets de conseil. Ne croyez pas que les RH des groupes du CAC40 chassent sur ces terres. Chaque gibier à son environnement.

Quatre-vingt-quinze pour cent des offres mises à disposition sur les sites d’emplois en ligne sont pour des postes en SSII ou Cabinets de Conseil. Et quatre-vingt-quinze pour cent de ces offres sont les mêmes d’un site à l’autre. Ne pensez pas qu’une SSII cherche 6 chefs de projet. Elle en cherche un et vous retrouverez l’offre sur son site, sur celui de l’APEC, de Monster, de Keljob, de RégionJob, de Cadremploi. Ne rêvez pas trop quand les pages d’accueil de ces sites annoncent des milliers d’offres d’emploi à saisir… des milliers à se partager avec tous les sites de la place.

Mais où sont donc les offres des grosses sociétés ? Éventuellement sur leur propre site internet. Cela vous fait à minima 40 sites sur lesquels vous allez déposer votre CV. Mais aussi 40 sites à vérifier chaque jour, 40 sites à mettre à jour dès que votre CV évolue. Difficilement gérable. Et puis les entreprises embauchent en passant par des cabinets de recrutement. Quand une société du CAC40 fait paraître une annonce, cela arrive. Mais cela veut aussi dire que précédemment, pendant trois mois le poste a été ouvert en interne sans intéresser personne et qu’aucun prestataire sur place n’a eu l’envie ou le niveau d’être internalisé. Bref cela ne sent pas forcément le super poste.

Donc les sites d’offres d’emploi sont devenus les terrains de chasse des SSII. Et leur tenue de chasseur est toujours composée de la même manière sous la forme d’une annonce avec : la présentation de l’employeur, le poste et le profil.

Dans la présentation il faut toujours que la société mette en avant que l’annonce concerne un de ses grands comptes. Il faut faire saliver le consultant. Vous serez peut-être au fin fond d’une banlieue pour un petit compte, mais ils ne sont pas fous pour vous l’annoncer tout de go. Donc la mission est toujours pour un grand compte dans des secteurs attrayants. Jamais une mission pour les pompes funèbres. Toujours des missions dans des secteurs ou des projets innovants. La banque existe depuis que l’homme a eu deux sous à mettre de côté, comme secteur innovant on fait mieux. L’automobile a plus d’un siècle, idem pour l’aéronautique. Seul l’internet et la téléphonie mobile ont été vraiment innovants cette dernière décennie. Mais vive l’innovation.

Toujours dans la présentation, mettre en avant le côté très sympa de la boîte avec des expressions toutes faites comme « taille humaine », « qualité de vie d’entreprise », « privilégiant le contact entre la mission et le siège » et les carottes qui vont mouvoir l’âne que vous êtes : « postes à l’internationale ». En traduction cela donne taille humaine : petite boîte, mais c’est encore l’endroit où vous pouvez tirer les prix sur votre salaire, ils ont de plus faibles coûts de fonctionnement. Ils sont aussi mal référencés ou dans des niches sinon ils auraient grossi plus vite. Qualité de vie d’entreprise : cela ne veut rien dire, vraiment rien dire, mais l’alliance de qualité et de vie doit faire joli dans le verbiage des managers, dommage que le mot entreprise vienne tout gâcher. Lien entre la mission et l’entreprise veut dire qu’ils comptent sur vous pour faire le travail commercial et remonter les éventuels besoins du client. Poste à l’internationale : dans le meilleur des cas il s’agira d’un déplacement mensuel à Francfort ou Londres. La conclusion de leur présentation est souvent une mise en avant du savoir-faire de leur équipe, donc de vous, potentiel employé.

Vient ensuite la description du poste. Le manager se contente souvent de copier-coller l’appel d’offre ou directement une ancienne annonce. Ils ne connaissent pas le métier. Alors ils glissent des termes génériques et vides de sens : « Optimisation de processus » ou « Expertise métier » ou « Pilotage » ou « Gestion de projets SI » ou « Animation de réunions ». Vous avez tout et rien dit à la fois. Petit conseil : Le format électronique permet de conserver, sans altération du temps, le moindre document. Conservez les annonces des postes auxquels vous postulez, les soirs où vous aurez trop la patate vous repenserez à votre journée de merde au boulot et relirez l’annonce.

Une fois en mission, et la lassitude installée, vous pourrez faire valoir au manager que l’offre d’emploi ne correspond pas avec la réalité de votre mission. Si vous passez votre temps au téléphone avec Bengalore à régler des problèmes de production alors que l’on vous a vendu une mission de chef de projet, votre manager pourra vous expliquer que vous faites bien de l’animation de réunions pour le suivi de la gestion de projets SI, tout en mettant à l’épreuve les processus d’offshoring du client. Puis le regard ému et la mine grave, il vous confirmera que lors de son dernier point avec le client, ce dernier lui a fait part de votre véritable expertise métier en la matière. En conclusion, vous ne serez pas prêt de sortir de mission.

Un descriptif vague et flou pour que vous ne puissiez pas identifier le client. Une présentation qui convient à tout le monde. Vous aurez compris les limites de l’exercice. Une annonce c’est un peu l’horoscope, tout le monde peut la lire et trouver un intérêt avec son propre parcours.

Et le meilleur étant toujours pour la fin, voici la dernière pièce de l’annonce : le profil. La quête du Graal. Vous avez d’abord une série d’adjectifs à la con « Dynamique, autonome, rigoureux(se) et persévérant(e), vous possédez une aisance relationnelle avérée, un anglais opérationnel et un niveau Bac+5 ». Non en fait je suis mou, il faut me tenir par la main, je me fiche de mon boulot et j’ai une attention de 10 minutes. Je suis aussi un peu autiste et mon anglais fait rire les vaches espagnoles. J’ai un niveau Bac+1 c’est presque pareil car en plus je ne suis pas à l’aise avec les chiffres. Donc fort de toutes ces compétences je vous adresse ma candidature.

Que les choses soient claires, tous les profils intéressent les SSII et cabinets de conseil. L’expérience ils s’en fichent, si nécessaire ils vous la créeront. Ne vous formalisez pas sur cette partie.

Donc en résumé, la présentation, c’est l’autopromotion de l’entreprise qui ne va pas vous expliquer qu’elle a un turn-over de vingt-cinq pourcent, des salaires misérables, des augmentations inexistantes et qu’en plus vous allez devoir faire tout le travail commercial. Le descriptif du poste est rédigé par des champions du Ctrl+C – Ctrl+V qui ne comprennent pas ce qu’ils lisent et le profil recherché est un savant dosage : un mélange de n’importe quoi et d’introuvable.

C’est avec ces armes que vous partez conquérir vos chères entreprises du CAC40. Vous verrez, cela ira mieux demain.

Les demandeurs d’emploi faisant signe aux SSII et cabinets de conseil.

Prochain article : S comme SSII vs Cabinet de conseil, le 20 octobre 2010

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