H comme Hors mission

Alors que depuis ses débuts, le blog suit le chemin d’un apprenti consultant et les affres qu’il rencontre vers les succès. Aujourd’hui nous allons devoir envisager dans ce brillant parcours une halte avant de continuer plus loin, plus haut, plus vite. Car dans le sujet qui nous intéressera ce jour, vous n’avez rien à faire. Pas tant que ce blog soit construit dans un esprit participatif, 2.0, etc. Non quand nous évoquons le fait que vous n’ayez rien à faire il s’agit de l’absence de boulot, malgré la signature de votre contrat de travail.

Le consultant hors mission. Pas hors mission, le week-end, le soir, la nuit, etc. Il faut comprendre hors mission au sens d’inter-contrat, mais comme les i étaient déjà tous pris nous avons opté pour le h. Il s’agit  vraiment du temps en dehors de vos missions et nous laissons de côté les arrêts maladies et la grossesse qui donneront lieu à un article spécifique. En un mot, de manager : « Quand ce gros naze de consultant sort de mission. Quand cet incapable n’a pu pérenniser son poste ou se trouver une autre mission. »

Dans le cas d’une embauche sur mission, vous êtes à l’abri … jusqu’à la fin de cette dernière. Vous ne devriez découvrir ce monde merveilleux de l’inter-contrat qu’un peu plus tard. Mais une embauche sur profil implique très souvent de commencer par une phase d’inter-contrat. C’est même le bain révélateur qui permet de briser vos espoirs les plus grands et vous contraindre à accepter toutes les missions plutôt que de retourner pointer au chômage.

Vous avez signé, votre profil s’est multiplié et les besoins des clients raréfiés, selon le principe de l’offre et de la demande. Que faire ? Ou bien, plus prosaïquement, après trois années en mission chez le client la légalité vous oblige à quitter les lieux. Soit vous travaillez dans une grosse entreprise avec d’importants locaux, soit la taille de cette dernière est plus petite et les locaux à l’avenant.. Dans le second cas on vous demandera de rester chez vous avec un téléphone à disposition pour être joignable à tout moment.

C’est alors une période de vacances sans vacances. Obligation d’être disponible sous deux heures pour se rendre à un rendez-vous chez le client. Relisez Proust, mettez-vous à la peinture, rédigez un blog, allez chez le dentiste, faites vos papiers administratifs, bref occupez-vous. Comme vous venez d’arriver votre employeur ne vous obligera pas à poser tous vos jours de congés ou de RTT pendant cette période d’inter-contrat.

Dans une entreprise un peu plus grande on vous demandera de venir au Siège. Sédatif assez puissant dans le corps, il va vous falloir supporter huit heures par jour les managers. C’est usant. Vous commencez par pointer votre heure d’arrivée et de sortie (histoire d’éviter le « coucou » qui dure cinq minutes et rentrer chez vous). Vous êtes cadre, libre et responsable des horaires que vous faites chez le client, mais vous devez pointez comme un collégien quand vous revenez chez votre employeur.

Ensuite, sous couvert d’intégration, on va vous demander de faire le tour des managers à la recherche d’une mission : «
– Oui mais je suis intéressé par la téléphonie, je voudrais poursuivre sur une mission dans le même secteur.
– Va quand même voir les gars de l’industrie ou de l’assurance, ils ont des trucs dans le pipe. On ira voir la finance de marché ils cherchent du monde en titrisation.
– Mais mon profil c’est le réseau téléphonique.
– On ne sait jamais tu peux te découvrir une vocation. Et puis tu fais un effort vestimentaire demain.
»

Mais vous êtes couillon par moment, vous venez en jean, basket. En mission pas de problème, vous ne croisez que des clients, mais ici vous allez rencontrer des « Managers », alors faites un effort sur votre tenue. « Et puis tu sais, le téléphone peut sonner et dans trente minutes nous sommes chez le client. » Légalement vous disposez d’un délai de prévenance plus important mais votre manager vous met une petite pression idiote. Il est payé pour cela.

Car c’est avant tout cela l’inter-contrat, la mise sous pression du consultant. Et cela commence par l’explication que son profil n’est pas superbe : «
– Tu sais, tes compétences sont dépassées, on va avoir beaucoup de mal à te trouver une future mission.
– Je suis un peu surpris, je sors après trois ans de mission sans le moindre souci, le client était très satisfait. Mon dernier projet était sur les dernières techniques à la mode. Pendant cette période je n’ai rien demandé à la boîte, et rien obtenu, je pense que vous pouvez me laisser un peu de temps pour rebondir sur une mission qui me corresponde.
– C’est la crise et nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir trop d’inter-contrat. Je dis cela pour toi, alors ne lambine pas trop devant les missions que l’on te propose et accepte rapidement.
»

Petit exercice de mathématique. Un consultant en mission rapporte TJM multiplié par nombre de jours travaillés. Personne ne payant son TJM en inter-contrat, le consultant coûte alors très très cher à son entreprise. Question : Au bout de combien de consultant geignards sur les missions qui leurs sont proposées, notre SSII ou cabinet de conseil sera obligé de licencier le manager ? Vous disposez de 30 secondes.

25 secondes

20 secondes

15 secondes

10 secondes

5 secondes

Réponse : Pour qu’une SSII ou un cabinet de conseil soit rentable le taux d’inter-contrat ne doit pas excéder 14%. Mais vous ne recevrez jamais cette information de votre manager. Au contraire, le Siège va tout faire pour vous faire croire que l’équilibre financier de l’entreprise repose sur vos seules épaules. Il faut absolument que vous acceptiez la première mission qui vient.

Revenons sur ce chiffre de 14%. Regardez autour de vous. Combien de consultants dans le même cas voyez-vous. Deux douzaines de personnes au maximum. Souvenez-vous à présent de l’entretien d’embauche et de l’emphase du manager : « Nous sommes un groupe à taille humaine de 1 500 personnes… ». 14% de 1 500 cela fait 210 personnes en inter-contrat. Donc rassurez-vous et tentez de tenir face à la pression des manager, vous ne mettez pas sous risque la santé financière de votre employeur. Par contre vous plombez la marge du manager… à relativiser de la même manière.

Souvenez-vous des premiers billets dans lesquels nous parlions des CV (pour mémoire). Les premières missions qui arrivent dans le pipe sont réservées aux inter-contrats. Et ce que voit un manager c’est que mission = argent. Ce que la mission veut dire pour vous, il s’en fiche. Le consultant en inter-contrat doit aussi faire la grande boucle managériale. Le tour des managers afin de se montrer et de savoir ce qu’ils auraient dans leur pipe. L’art de l’exercice consiste à éviter les missions pourries de certains managers tout en passant pour faire acte de présence.

Tel un mendiant dans le métro vous allez quémander auprès des commerciaux. à la recherche d’une mission « Madame, Monsieur, je suis diplôme, je sors de trois ans chez le client […] et je voudrais une mission ou deux pour rester propre. Vous n’avez pas de mission, votre sourire me suffira. » Et vous voilà face à ces seigneurs, ces princes, ces dieux que sont les managers : «
– C’est pour quoi ?
– En fait je sors de mission chez […] et je voulais savoir si tu avais des sujets à me proposer.
– Tu faisais quoi ? (Restez vague, ils ne comprennent pas le détail. Mais trop vague ils vont vous envoyer n’importe où ?) Tu faisais des conférences téléphoniques lors de ta précédente mission ?
– Euh cela m’arrivait d’avoir des réunions en conf call.
– Ca tombe bien j’ai une mission de chef de projet téléphone mobile. Je trouve que cela colle pilepoil.
– Ah bon ? Mais j’étais chef de projet métier dans une mutuelle?

ou

– Tu vois pas que je suis occupé ? (Pardon, jouer au solitaire sur un ordinateur c’est être occupé ?!)

ou

– Ca m’étonnerait que j’aie quelque chose pour toi. Je ne prends que les meilleurs. (On cherche tous ce que l’on n’a pas !) »

Vous voilà donc, consultant proscris, le vilain, le coûteux, le boulet, le honteux. Alors on vous occupera en vous faisant travailler sur des appels d’offres, sur des propositions commerciales (propal). Cette fonction relève des attributions d’un commercial mais cela permet d’occuper les journées et de voir le métier sous un autre angle. Cela reste le moins pire de ce qu’ils peuvent vous proposer.

Normalement cette période serait la plus adaptée pour vous faire suivre une formation, monter en compétences, mais le mot est tabou. Pas de formation possible puisqu’à tout moment vous devez pouvoir rejoindre un rendez-vous chez un client. Comme c’est dommage !

Autre activité pour occuper les consultants hors mission, construire des organigrammes de la société dans laquelle ils étaient en mission précédement, afin d’aider les commerciaux à contacter la bonne personne au bon endroit. Classique, rien à redire.

L’autre règle de l’inter-contrat c’est de vous obliger à poser vos congés et RTT. Alors là cela ne pose plus de problème qu’un client potentiel puisse vous contacter. En congés ou en RTT vous coûtez moins cher, tas de dispendieux. Et puis cela fait des jours que vous ne poserez pas en mission et pendant lesquels vous rapporterez à votre manager.

Vous avez aussi toutes les demandes off. « Il paraît que tu développes et que tu maîtrises le web, parce que j’ai un ami qui voudrait un site web et je me disais que comme tu ne faisais rien, tu pouvais faire cela. » 15 euros et un Mars ? Cela permet de se faire bien voir d’un manager. Cela porte aussi le nom d’exploitation, de harcèlement moral, d’abus de position dominante. C’est au choix ou groupé, comme vous préférerez.

Quand un consultant rencontre un consultant, ils se racontent des histoires de consultants. Et pour cela l’inter-contrat c’est terrible … ou génial. Vous apprenez au contact des autres à mieux connaître tel ou tel manager, à obtenir des informations sur les missions, les potins, les coucheries, les beuveries, les bons plans du CE, les moyennes annuelles d’augmentation, bref la vie de l’entreprise. Tout ce qui manque à un consultant en mission. Mais c’est aussi l’occasion de se tenir informé de ce qu’il se fait chez les clients. Lequel est sympa, idiot, possède la meilleure cantine, la pire, etc. Bref l’inter-contrat c’est radio corbeau. Une des rares fois où vous aurez le sentiment d’une vie d’entreprise.

Et puis une idée a jailli dans l’esprit du Siège. Un consultant en inter-contrat ne rapporte rien. Comment maximiser ce coût souvent inévitable ? En profitant de la loi ! Grâce à l’exonération d’impôt pour les entreprises qui font de la Recherche. Le Siège décide alors de se doter d’un département Recherche. Et depuis un an et demi la Recherche est devenue le marronnier des SSII et cabinet de conseil. Tous ont monté leur entité Recherche. Tous ont déposé les dossiers auprès des autorités compétentes. Toutes ont nommé des chefs de projet sur des sujets farfelus. Et tous utilisent leurs consultants pour produire un peu de paperasse au cas où un contrôleur viendrait à passer.

L’idée, si elle ne se cachait pas uniquement derrière des abattements fiscaux, serait intéressante. Mais comment constituer une équipe de « chercheurs » quant à tout moment vous pouvez partir en mission, d’autres arriver et quand votre priorité première reste, avant tout, de trouver une mission pour quitter au plus vite le Siège ? Comment demander à des ingénieurs Télécom de travailler sur des sujets médicaux, à des développeurs Industrie de s’impliquer dans les produits financiers exotiques ?

Sous couvert d’ouverture d’esprit, ceci est une farce. Et si par le plus grand des hasards une idée géniale venait à être brevetée jamais les moindres royalties ne reviendraient aux consultants. Ainsi le consultant qui ne rapporte rien en hors mission permet de minimiser son coût, de vanter la Recherche français et de réduire ses impôts. Gagnant sur tous les plans pour le Siège.

Enfin normalement, cette période est aussi celle où selon les missions ont vous demande régulièrement de mettre à jour votre dossier de compétence. Où des managers juniors viennent vous expliquer comment dérouler un entretien chez le client. Où des managers véreux vous expliquent comment placer votre argent, cela tombe bien vous intervenez exclusivement sur le middle office en banque d’investissement.

Dernière occupation d’un consultant en inter-contrat : trouver une autre boîte. En effet vous disposez du temps nécessaire pour les démarches et les rendez-vous. Attention cependant de ne pas croiser vos propres managers en sortant d’un RDV chez un client avec le manager d’une autre boîte. Cela fait désordre. D’accord, ce n’est peut-être pas fair-play mais la pression posée sur les consultants en inter-contrat est tout aussi peu fair-play. Car en résumé le consultant en mission rapporte de l’argent à son entreprise, beaucoup d’argent. Lors des entretiens annuels les augmentations sont bloquées car il faut provisionner en temps de crise et pendant l’inter-contrat on tond de nouveau le consultant grâce à des abattements fiscaux.

Aucun consultant n’aime l’inter-contrat, ce n’est nullement un plaisir mais plutôt l’épée de Damoclès. Alors que les SSII et les cabinets de conseil le comprennent, il ne s’agit pas de materner au Siège mais juste de comprendre que des consultants heureux sur une mission c’est énorme pour ces entreprises. Mais ce raisonnement ne semble pas réalisable par les pointures intellectuelles qui les dirigent. Vous verrez, cela ira mieux demain.

Consultants en inter-contrat à la recherche d’une mission.

Prochain article : V comme Villes, le 05 décembre 2010

Publicités
Cet article a été publié dans Le blog's Ploc. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour H comme Hors mission

  1. Super Menteur dit :

    Et le manager qui n’a rien a vous proposer sauf d’être son ami sur les réseaux sociaux !!! Il est pas beau ce champion là ?

  2. xX0V0Xx dit :

    Le modèle des SSII tel qu’il est aujourd’hui va disparaître, enfin je le souhaite. Les besoins des client changent et elles devront s’adapter. (dans la douleur et dans la douleur des consultants).
    Comme le disait fort justement un collègue il y a peu, aujourd’hui ingénieur c’est un métier d’itinérant…. ca résume tout!

  3. Anonyme dit :

    Je passe d’une mission en risque de marché à Gestion éléctronique des documents grace a mon super commercial!!!!
    je n’ai jamais autant destesté bosser de ma vie!
    ma mission s’arretes fin septembre et je suis enceinte ( pas encore annoncé) je n’ose imaginer l’enfer que je vais passer.

    • ploooooc dit :

      Sur les risques de marché vous étiez face à un écran. Sur la GED vous êtes aussi face à un écran. Donc pour un commercial ces deux missions ont un lien et une continuité logique.
      Merci de nous offrir la primeur de cette annonce. Nous vous adressons toutes nos félicitations et pensons bien à vous dans les moments à venir qui ne devraient être que bonheur devant l’arrivée d’une enfant, mais qui vont être pourris grâce au doux monde des SSII.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s