P comme Pot

Voilà les congés passés et après moult ripailles vous êtes de retour en mission. La joie du retour au travail, la pile de mails à découvrir, les aventures palpitantes de vos collèges découvrant leurs cadeaux de Noël, les mémorables commémorations de leurs repas familiaux. A la troisième anecdote du petit dernier déçu du jouet reçu, vous plongez chercher du réconfort dans les tréfonds de votre boîte mails. Chacun trouve son réconfort où il le peut.

Rapide vérification du contenu des messages. Le projet prend l’eau, le budget explose, mais rien de bien grave par rapport à la petite Tiffany qui voulait la poupée SM et qui s’est retrouvée au matin du 25 décembre avec la poupée bondage et un excellent conte de Noël sur les open-spaces (pour mémoire). De tous vos mails, celui ce nommant « Bonne année à toute l’équipe » attire particulièrement votre attention.

Il est partiellement formulé de la façon suivante : « A l’occasion de la nouvelle année Monsieur [vous mettez son nom], chef de service, invite ses équipes à la Fête de la Galette qui se déroulera à la machine à café, le [date et heure de votre choix]. Merci de confirmer votre présence. » Et si vous ne l’avez pas déjà reçu, il ne serait tardé, guettez votre boîte mail.

Le pot de début, de fin ou de milieu d’année n’est certes pas une spécificité du consultant. Les pots existaient bien avant que l’on consulte quoi ou qui que ce soit. Si nous l’évoquons c’est pour insister sur son importance au cours de votre mission. Pot d’arrivée, pot de mise en production de votre projet, pot de prolongation de mission, pot de fin de mission ; multipliés par le nombre de consultants dans un open-space et vous savez à quoi vous allez occuper tous vos vendredis après-midi. Nous verrons aussi les réfractaires des pots qui sont réduits au silence et les va-t-en-guerre des pots, toujours prompt à en organiser. Bref l’antique lutte du pot de faire contre le pot de taire.

La fête de la galette, de la cerise, du beaujolais nouveau, de la fin de l’année, du déménagement, de la naissance du petit, de ses premiers pas, de sa première dent, de son entrée à la maternelle, de son bac, d’un mariage. Bref toutes les occasions sont bonnes pour boire un coup.

Enfin, boire un coup, ce ne sont pas non plus les bacchanales mais plutôt une Pépito-Banga-Party, le code du travail interdisant la consommation d’alcool sur les lieux de travail. Et quand par chance vous trouvez un peu d’alcool, c’est une bouteille de mousseux tiède prévue pour 10 personnes. Qu’importe la mission pourvu qu’on ait l’ivresse.

Le pot est un rituel sacré dans une entreprise, une sorte de fraternisation, une façon de souder une équipe, de faire redescendre la pression du projet, de voir tomber les masques. C’est surtout l’occasion de ne rien foutre pendant une heure avec l’aval de son chef.

Mais attention à celui qui ne rentre pas dans le jeu du pot, à celui qui boude ces fausses amitiés, à celui qui pose ses rendez-vous ou ses réunions lors des dits pots pour les éviter. Le sceau de l’infamie est sur lui. Vous pouvez être le pire des consultants, arriver en retard, planter votre projet, dépasser les budgets, engueulez tout le monde ; si vous offrez un pot vous serez alors le dieu du plateau, le phénix de l’open-space. A l’inverse, le meilleur des chef de projet qui ne trinquera pas dans des verres en cartons sera douteux.

Et que les plus misanthropes ne viennent pas évoquer le fait qu’ils ne boivent qu’avec leurs amis vrais des flacons précieux et non des jus d’oranges chimiques avec leurs collègues ; ils deviendront anti-sociaux, des tartuffes dévots de la feuille de temps.

Il faut donc absolument participer au pot. Au pot comme aux quêtes pour les départs des autres consultants, même si le jour du votre tout le monde sera en congés. Dans notre sociologie du consultant, nous pouvons dresser une typologie du pot.

Il y a le pot hebdomadaire, celui où, à date fixe, un membre de l’équipe régale les autres. C’est le lundi matin, le vendredi après-midi, le mardi midi. C’est régulier, vous avez souvent une liste sur laquelle vous devez vous inscrire et qui permet de ficher les personnes qui ne joueraient pas le jeu du pot. En cas de manque de pot on tance les mauvais élèves. Selon l’heure vous apportez le café et les croissants, le jus de fruit et des bonbons, le saucisson et les cacahuètes.

Il y a le pot VIP, réservé à des externes, à des consultants d’une même société. Ils sont là autour de leurs victuailles, dans l’open-space. Ils vous regardent sans vous voir. Vous ne faites pas parti de leur SSII, alors le carré VIP vous reste interdit. Ce peut être des collègues proches presque des amis, vous restez, malgré tout, en dehors de leur cénacle pendant leur pot.

Il y a le pot de fin de projet. Votre équipe vient de mettre en production un projet phare pour l’entreprise alors les Achats ont concédé à ouvrir une ligne budgétaire pour un pot. Entre cirage de cul et léchage de botte (ou le contraire) c’est le pot du « moi le meilleur », de « la meilleure équipe », du « vous êtes tous géniaux » et du « l’entreprise ne serait rien sans vous ». Tout le monde se congratule après s’être insulté sur des spécs mal rédigées, sur les bugs non corrigés ou des feuilles de temps non renseignées. Le lendemain vous repartez tous ensemble sur un autre projet et les crêpages de chignon qui vont avec.

Il y a le pot du mercredi qui vaut à l’offrant, l’ire des mères de famille. Un pot de mercredi c’est un pot de phallocrate. D’ailleurs quand vous vous proposez pour en organiser un, il y a toujours une personne pour signaler « Pas le mercredi », un autre rappelle « Pas le lundi… », un troisième précise « …ni le vendredi », avant que le dernier refuse le jeudi midi « Je suis à la piscine. »

Il y a le pot du nouveau chef qui veut faire le sympa en offrant un croissant. Personne ne le connait vraiment, ou alors par ouï-dire, et personne ne veut pactiser avec le diable. Un petit passage, une rapide présentation et retour à son poste, un croissant sous le bras.

Il y a le pot commun où tout le monde apporte quelque chose et où vous devez vous extasier sur ces petits gâteaux faits par votre client et sur lesquels vous avez déjà brisé deux molaires. Pour faciliter votre intégration il est alors de bon ton de saluer les talents culinaires combiner à ceux de gestion de projet et/ou de management de votre client. A ce degré d’hypocrisie vous pouvez tout dire. Vous pouvez même le faire la bouche pleine.

Il y a le pot de départ où toute l’équipe reprend sur l’air d’Alexandrie Alexandra un panégyrique du sortant (réservé à un interne quittant sa boîte). Souvent l’occasion de belles rimes comme regrettera / toi ou toujours / bientôt. Pardon pour les littéraires mais nous gérons du projet SI pas la bibliothèque François Mitterrand. On fait rimer ce que l’on a avec ce que l’on peut.

Mais le meilleur de tous reste le pot de fin de journée. Un peu sélectif, il se tient généralement dans un bistrot à proximité du bureau tout en étant élitiste car réservé à une bande d’amis. Comme les quartiers déshumanisés dans lesquels se trouvent les entreprises ne regorgent pas de troquets (pour mémoire), généralement, le soir, vous voyez dans le même bistrot des dizaines de grappes de consultants qui se rassemblent pour boire un coup entre amis. Dans la journée c’est le lieu de RDV du manager avec les nouveaux consultants qu’il va présenter.

Et comme le côté obscur de la force est toujours plus fort il faut aussi parlé du pire des pots : le pot avec alcool. Il va de soit que les anecdotes qui suivent sont totalement authentiques.

C’est le pot du voyageur qui rapporte du rhum flamand, de la vodka mozambicaine, du calva roumain ou de la poire sri-lankaise et qui vous propose un verre à 9h00 du matin.

C’est le pot du beaujolais où internes et externes vomissent ensemble un arrière goût de banane.

C’est le pot day qui commence à 10h par l’apéro, se continue au vin à 12h, se finit à la prune à 14h, comme la journée d’ailleurs.

C’est le post pot où les collaborateurs comatent devant leur écran de veille et où d’autres poursuivent les vieilles filles pour les déshabiller.

C’est le pot pourri où le chef de service vient tout penaud annoncer qu’il va devoir confisquer les bouteilles en raison des reproches qu’il a subit de ses supérieures face à de multiples plaintes.

C’est le pot tage (elle est nulle, pardon) où le responsable de projet décide de renommer et valide en comité projet, tous les noms des indicateurs du projet et ne se souvient plus pourquoi, une semaine après, dessaoulé, il leur a donné ces noms : GRUMPF, CRUJE et PFONFFFFF. Voici de supers acronymes !

Bref si les pots alcoolisés restent anecdotiques vous trouverez toujours un ancien qui vous parlera des pots d’avant où le champagne coulait à flot, où l’on comptait trois bouteilles par personne, où l’on lapait des alcools rares à même la peau des secrétaires : « C’était la belle époque, avant que les consultant s n’arrivent. »

Et voici le seul vrai conseil de ce billet, mais il vaut de l’or. Qu’apporter à un pot ? Il faut d’abord que vous teniez compte des diabétiques et des allergiques puis des goûts de quelques emmerdeurs, des envies de autres.

Bref vous vous retrouvez à apporter la quinzième brique de jus de goyave, car vous avez voulu faire original. Si vous voulez vraiment faire dans l’originalité à un pot, apportez des lychees. C’est frais, agréable, inédit et vous ferez votre petit effet. Vous découvrirez aussi le double effet du lychee qui après avoir surpris son monde, rassemble les gens. En effet toute personne qui apportera à présent des lychees à un pot sera un lecteur fort probable de ce blog. Cela vous fera un sujet de conversation. Et vous verrez, cela ira mieux demain.

Fin de pot, qui nettoie ?

Prochain article : T comme Ticket Restaurant, le 10 janvier 2011

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