T comme Ticket Restaurant

Il était normal qu’après les libations du précédent billet, nous évoquions le pêché de chair. Un billet où vous ferez bombance si vous n’avez pas été totalement gavés durant les repas de fin d’année. Aujourd’hui nous ne serons pas penchés sur le nombril des consultants mais juste derrière, sur la façon de se remplir le ventre pendant la mission, à savoir où, quand et comment manger pendant votre mission ?

Nous ne reviendrons pas en détail sur la façon dont le consultant peut payer son déjeuner (prime déjeuner, panier repas, ticket restaurant, remboursement sur facture), un billet évoquait déjà ces différents points (pour mémoire). Nous partons donc du postulat que vous avez un moyen de payer votre déjeuner. S’offre à vous un large éventail de possibilités.

Le grand classique c’est le restaurant d’entreprise. Un restaurant d’entreprise c’est un open-space où les postes de travail ont été remplacés par des tables et les écrans par des assiettes. Deux trois croisillons verticaux pour donner une impression d’intimité, de fausses plantes en plastique et une vue au niveau du trottoir, voir plus bas, car les restaurant d’entreprise sont souvent dans les sous-sols. Il est précédé d’un self où tout le monde vient faire la queue, son plateau à la main, choisissant entre des carottes vichy ou des céleris rémoulade.

On y mange comme on y travaille dans une sorte de brouhaha incessant. On discute, on médit, on raconte, on salue, on s’évite, on se réjouit de se retrouver à la même table. Tout comme dans l’open-space. On continue à fliquer inconsciemment ou pas ses collègues : « Il est parti dix minutes avant moi et n’arrive que maintenant ? Il faisait quoi ? » ou « Mon cul sa réunion c’était pour arriver premier à l’ouverture et être certain d’avoir ses pieds-paquets. »

Le restaurant d’entreprise cependant conserve la division entre les collaborateurs internes et prestataires externes. En interne vous déjeuner pour 2 euros par jour. Ce qui est bien souvent totalement imbattable en raison de la diversité et de l’équilibre alimentaire proposés. Le consultant paie le double, le triple voir plus, mais ce n’est pas grave, il est externe et il coûte tellement cher à la boîte, on se rattrape comme on peut. C’est un des nombreux acquis des internes que de payer peu cher leur restaurant. Cela crée, de fait, une différence entre ce qu’un interne et un externe peut avoir dans le ventre pour le même prix. Les rapports Nord/Sud synthétisés dans une assiette.

Quant au restaurateur, il est comme vous, externe à l’entreprise et au moindre faux pas il dégage. Lui aussi entend du client la phrase « Et tu sais Coco, c’est la crise et des restaurateurs ce n’est pas ça qui manque. Je tape dans une poubelle et j’en sors trois. Alors si tu fais une boulette, autre que de viande, tu dégages. » Vous imaginez une grande entreprise clouée sur les gogues pour un boudin pas frais. Que les partenaires sociaux remontent plusieurs alertes de mécontentement et sa mission se terminera très rapidement.

L’autre solution, assez semblable à la première, est le RIE (Restaurant Inter Entreprises). Une cantine pour plusieurs entreprises d’un même quartier. Là encore tarif préférentiel pour les internes et pas pour les externes. De manière architecturale et décorative c’est identique au restaurant d’entreprise mais en un peu plus grand. C’est le communisme par le ventre, le plat commun pour tous. On n’y parle peut-être avec moins de liberté en raison des oreilles ennemies qui épient vos paroles.

Dans les deux cas, l’entrée est vérifiée et accordée par votre badge qui donne accès au bâtiment comme au restaurant. Le problème du restaurant d’entreprise ou du RIE, c’est justement le côté entreprise. Cela ne s’arrête jamais du matin au soir, vous déjeuner specs, vous manger bugs, vous ingurgitez les petites mesquineries de vos collègues et à la fin vous vomissez la vie de l’entreprise. Mais c’est aussi l’endroit idéal pour se pousser du col, jouer sa carrière, se montrer, obtenir des informations. La cantine de l’entreprise, cela reste l’entreprise.

L’autre solution c’est le restaurant « classique ». A croire que l’ouverture d’un open-space dans une zone industrielle de banlieue désertique entraine automatiquement l’apparition d’une flopée de restaurants. Ils ressemblent à ces cantinières suivant les armées en mouvement et qui, contre monnaie sonnante et trébuchante, agrémentaient l’ordinaire du soldat.

Ces restaurants sont tous différents et tous semblables à la fois. Il y a toujours une fausse brasserie parisienne avec nappe vichy et menu sur ardoise qui propose une crème brûlée en dessert. Cette brasserie s’appelle L’esplanade, La Salers, Le Zinc ou Le Paris. Il y a toujours deux pizzerias, au minimum : la Peppone et Le Vésuve, parfois le San Gimignano. Il y a toujours un restaurant chinois : Le dragon de Bobigy [à remplacer par le nom de votre ville de mission] et son pendant japonais : Le Sushi Paradis ou Le Sushi Liconcarne. Et pour finir vous retrouverez trois marchands de sandwichs et une supérette.

Le restaurant devient vite très monotone, toujours la même pizza Reine, le même menu M au japonais et 312 au chinois, le même Jambon-Fromage. En outre les tarifs sont beaucoup plus chers qu’ailleurs. Il faut les comprendre, les clients étant tellement éloignés, il faut acheminer les victuailles jusqu’au site et le pétrole est à son plus haut niveau.

A la marge de notre article nous avons les personnes qui viennent déjeuner avec leurs restes de la veille, ceux qui, froid oblige, mangeront leur sandwich à leur poste. Il faut alors saluer particulièrement les fans de fast food ou de cuisine asiatique dont les effluves embaumeront les postes de travail jusqu’au lendemain midi.

Dernière catégorie, ceux qui ne mangent pas du tout et qui sont heureux de bénéficier de deux heures de calme dans l’open-space. Ces derniers provoquent toujours des hauts le cœur de surprise « Quoi ! Tu ne manges pas le midi ? Je ne sais pas comment tu fais ? Mois je ne pourrais pas. »

Un déjeuner en mission commence généralement à 10h30 … par le fameux mail : « On mange où ? » 50% des mails de votre matinée seront alors des confirmations, infirmations, modifications, participations ou annulations au déjeuner. Cela va du célèbre « Je ne sais pas. » à « Mangez sans moi j’ai une réunion, je prendrai un sandwich » en passant par « Pas chinois, hier j’ai été malade tout l’après-midi », par « Barbecue coréen cela tente quelqu’un ? », par « Si machine est là je ne viens pas », ou « Les soldes commence ce midi » ou « Je vais courir ou nager ou baiser machine au Novotel (choisissez). »

Bref à 11h30 tout le monde est à peu près d’accord sur le menu du jour et le restaurant. Part alors un autre mail « On déjeune à quel heure ? » Et c’est reparti pour une correspondance des plus acharnées : « Je ne sais pas », « 12h ou 12h30 ou 13h ou 13h30 », « Maintenant car j’ai une réunion à 13h », « Les soldes commencent à midi ». Et comme chaque jour à 11h59, le mail final annoncera : « Je passe aux toilettes et RDV en bas. »

Et comme chaque jour nous nous retrouvons tous à faire la queue au self alors qu’hier encore nous nous promettions de prendre les devants. Faire la queue au restaurant, faire la queue à la caisse pour payer son sandwich, faire la queue devant l’unique micro-onde de l’open-space. Le midi n’est en fait qu’une immense queue. 66 millions de français à la queue leu leu. A préférer être suivi que suivant. On reluque alors le goût de ses voisins, on en tire des conclusions sur leur santé : « Machine elle ne bouffe que de la salade mais quand tu la vois pas difficile d’imaginer qu’elle fait de la rétention », « T’as raison de prendre de l’ail, ton haleine de phoque la masquera. »

La conversation pendant le déjeuner se partage en trois tiers. Premier tiers du repas, encore dans la dynamique professionnelle de la matinée, on discute du projet et de l’entreprise. Deuxième tiers, l’atmosphère se détend, on oublie un peu le projet et l’on commence à dire du mal des collègues et/ou raconter le visionnage télévisuel du soir. Troisième tiers, plus ouvert à la confidence des fins de banquet, chacun se livre un peu plus.

Mais le midi c’est aussi une suite de déceptions : « Quoi ! Ces cons de la MOE ont pris NOTRE table, ils vont la saloper comme leurs développements », ou « Tiens la MOA en est déjà au dessert, tu me diras qu’ils peuvent arriver tôt vu qu’ils ne doivent pas passer trop de temps sur la rédaction des spécifications », « Non, va plus loin il y a machine et elle va vouloir manger avec nous. » Les pires des déceptions sont, avant tout, culinaires « Désolé, il n’y a plus de poireau, je vous mets des cannellonis à la place ? », « Ah mais à cette heure là, il n’y a plus de frites, il me reste des haricots blancs. »

Certains services décident alors de partir en masse déjeuner dès 11h30 pour éviter la foule et être certains d’avoir de la brandade de morue, vue qu’hier ils n’avaient pas réussi à avoir de la paëlla. D’autres préfèrent le déjeuner à 13h30. Pas de règle, vous découvrirez en mission les us et coutume de votre service en la matière. La seule chose qui est certaine c’est qu’à votre retour de déjeuner vous aurez toujours un mail qui dira « Merci beaucoup !!!!!!!!!! Vous auriez pu m’attendre, j’ai encore mangé tout(e) seul(e). »

Votre retour du déjeuner coïncidera aussi avec un moment de partage au sein de l’open-space. Titillant vos narines vous découvrirez les mélanges des restes de 25 repas, pendant que de votre côté vous raconterez ce que vous avez mangé. Seul le café final met fin à la pause méridienne et sonne le retour aux activités professionnelles.

Et puis le midi il y a tout le reste. Ceux qui vont faire leurs courses ; ceux, plus rares, qui peuvent rentre chez eux ; ceux qui vont chez le médecin, le notaire, le dentiste, l’avocat, le kiné ; ceux qui font passer des tests à de futurs collègues ; ceux qui vont voir leur employeur ; ceux qui vont rencontrer leur futur employeur. Même ceux qui lisent des blogs. Vous verrez, cela ira mieux demain.

Attente à l’entrée du restaurant d’entreprise

Prochain article : I comme Intégration, le 15 janvier 2011

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3 commentaires pour T comme Ticket Restaurant

  1. Jerome M dit :

    Je viens de découvrir votre site, j’aime beaucoup, très pertinent, continuez comme ca !

  2. Nar dit :

    C’est exquis, au fil des articles, je découvre l’exacte transcription de ce que je fais 9h par jour depuis 3 ans. Merci.

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