I comme Intégration

Permettez-nous de revenir un tout petit peu en arrière. Fin décembre nous célébrions votre début de mission et en janvier nous avons évacué les sujets alimentaires (pour mémoire : la faim et la soif). Aujourd’hui nous reviendrons donc sur votre arrivée chez votre employeur aussi bien qu’en mission.

Ainsi donc votre contrat de travail signé, vous débutez chez votre nouvel employeur par une période d’inter contrat. Premier matin dans votre beau costume (ou votre beau tailleur), mallette à la main et le smartphone dans la poche. La réceptionniste vous demande d’attendre à l’accueil l’arrivée du manager que vous aviez rencontré. L’ouverture de l’ascenseur s’est accompagnée d’un cri de joie dudit manager « Salut [votre prénom], tu vas bien ? On se tutoie. Pas trop angoissé ? Bon alors le programme : ce matin j’ai une réunion, je te laisse donc dans l’open-space des inter contrats et dès cette après-midi on fait le tour et je te présente à tous les managers. Et n’oublie pas ce midi on déjeune ensemble. » Waou ! Quel accueil ! Il ne manque que les trompettes et les tambours, une musique de marche triomphante et l’allée couverte de pétales de rose, pour que votre égo n’explose ! Conservez votre égo sous le bras, il aura sérieusement diminué en fin de journée.

Vous voilà donc dans un open space où vous commencez par être affolé devant le nombre de personnes. Tant d’inter contrat, ce n’est pas motivant. Tous les autres vous regardent en chien de faïence et pensent tous : « Au regard du nombre d’inter contrat, ils continuent à embaucher ? Cela sent la charrette. Et d’où il sort celui-ci ? » Encore emporté par la fougue de votre entrée vous vous dites qu’ils doivent être vraiment mauvais pour toujours être là. Ce n’est pas votre cas.

Rapide bonjour, vous prenez place devant un ordinateur que vous ne pouvez utiliser faute d’identifiants. Vous tentez la discute avec vos collègues. Tous se méfient un peu. Etes-vous un consultant ou un nouveau manager qui tente de prendre le pouls des intercos ? Quelques uns racontent des missions galères assez loin des promesses faites à la signature du contrat.

Midi passe. Quinze heure, coup de téléphone du manager : « T’es dispo pour faire le tour des managers ? » Oublié le déjeuner. Vous voilà donc chaperonné et présenté à tous les managers « Voici [votre prénom] qui rejoint la Business Unit [votre secteur], tu as des pistes dans ta BU, par ce que nous c’est un peu court en ce moment ? »

Et d’un seul coup vous venez d’apprendre que dans votre unité de rattachement il n’y a rien dans le pipe. Cela veut dire inter contrat ou accepter tout et n’importe quoi dans d’autres secteurs. Pourquoi ne pas capitaliser votre expérience en industrie automobile pour aller travailler dans la Prévoyance ? Généralement votre manager invite son collègue à consulter votre dossier de compétences qu’il a fowardé à tout le monde et que personne n’a lu. A nous sentons comme un léger dégonflement de l’égo.

Bref on vous a bombardé devant X managers, vous êtes reparti avec autant de cartes de visite et aucune proposition concrète. Votre manager vous redépose dans l’open-space car il doit aller voir un client. « On se revoit ce soir. A 18h on organise des sessions de speed meeting ou en cinq minutes tu te présentes devant les managers et ils te font part de leurs pistes. » Vous n’osez pas signaler que cela correspond exactement à ce que vous venez de faire. Alors le soir vous refaite le tour des managers avec le même résultat que dans l’après-midi. Après une journée dans votre nouveau boulot vous êtes déçu, navré, inquiet. Mais plus riches dans votre collection de cartes de visite.

« Je t’ai inscrit pour la session de présentation du groupe aux nouveaux, c’est demain à 10h salle Walhalla. » Seront les dernières paroles de votre manager pour la journée. Le lendemain vous découvrez alors l’entreprise sous la forme d’une présentation Powerpoint. Un commercial, qui doit être cocaïnomane en manque, gesticule en parlant très fort et très vite. Vous recevez une mallette en plastique, avec un gros logo de la boîte ; ainsi qu’un stylo, avec un gros logo de la boîte et une présentation papier, pleine de gros logos de la boîte. Le manager vante les référencements, les grands noms, les missions sexys. Il vous parle aussi de l’intéressement, des formations, des primes et de toutes les propositions qui sont dans le pipe. Sans être trop naïf, cela vous remet quand même un peu de baume au cœur.

C’est aussi l’occasion de découvrir d’autres consultants, nouveaux comme vous, et qui ne vous regarderont pas de travers dans l’open-space. Vous allez devenir potes de promo, galériens de l’interco. Ensemble vous pourrez recouper les infos que distillent les managers et affronter plus facilement l’horreur de l’open-space pour inter contrat. En résumé, votre intégration dans la boîte se résume à un cri de joie suivi d’une formation ultra rapide d’un mec sous acide et une perte d’égo.

Ainsi donc votre contrat de travail signé, vous débutez chez votre nouvel employeur mais directement en mission. Les choses vont être plus rapides puisqu’à 10h vous serez chez le client et donc pas de salle Walhalla, pas de mallette, ni de commercial surchauffé. A ce moment précis et pendant le reste de votre mission il vous faudra beaucoup d’imagination pour concevoir l’esprit d’entreprise de la boîte qui vous paye. En contrepartie vous évitez l’open-space des galériens. Bref intégration zéro. Parfois le commercial qui tient le compte peut vous présenter d’autres consultants de la boîte chez le même client, mais cela est assez rare.

La bite, le couteau et c’est tout. Bienvenue chez le client. Vous plongez directement dans la vie de votre projet et de l’entreprise de votre client. Dès lors, que votre entreprise vous semblera lointaine, inexistante. Et dans un an, quand vous demanderez une augmentation le commercial vous dira « On ne te sent pas très investi dans la vie de l’entreprise ?! »

Ainsi donc votre contrat de travail signé, vous débutez chez votre premier client en mission. Premier matin dans votre beau costume ou votre beau tailleur, mallette à la main et le smartphone dans la poche. La réceptionniste vous demande d’attendre à l’accueil l’arrivée du client que vous aviez rencontré lors de la qualification. L’ouverture de l’ascenseur est suivie d’un salut dudit client : « Bonjour, vous avez trouvé sans problème ? Ici on se tutoie mais vous me vouvoyez. Bon alors le programme : ce matin j’ai une réunion, je te laisse donc à ton poste. J’ai fais le nécessaire mais je ne pense pas que tes identifiants soient déjà disponibles. Dès cette après-midi on fait le tour et je te présente à toute l’équipe. Et n’oublie pas ce midi on déjeune ensemble. »

Vous êtes donc dans l’open-space sans connaître qui que ce soit. Tout le monde vous jauge en se demandant qui vous êtes et ce que vous faite là. Les identifiants ne sont pas disponibles, on vous a donc laissé avec la documentation imprimée au format papier.

Le déjeuner passé. « C’est bon tu as lu la doc, tu es opérationnel sur le projet ? Parce qu’au prix de ton TJM, je ne peux me permettre de perdre du temps à te former. Donc rapide présentation, là tu as l’équipe de tests, là les développeurs, la qualité est ici, la MOA est à l’étage du dessus, on les verra un autre jour. Je vous présente [votre prénom] qui connaît parfaitement le sujet du projet comme me l’a encore confirmé son manager. Et maintenant nous avons un comité projet au cours duquel j’attends de toi que tu sois force de proposition sur la documentation que tu as lu ce matin. »

Vous avez aussi l’exemple de l’intégration réussie avec un client qui, trois mois après votre arrivée, se trompe toujours dans votre prénom, mais que vous n’avez jamais repris, par timidité ou pour ne pas pointer ses lacunes. Résultat tout le monde vous demande si vous avez un membre de votre famille qui bosse chez le client car ils reçoivent des mails d’un homonyme.

Dans le même genre nous pouvons signaler le consultant qui se fait sortir d’une réunion car personne ne sait qui il est et que la salle est réservée par un comité projet. Le consultant rouvre la porte et pour préciser qu’il est le chef de projet. A l’inverse, le consultant volubile qui éclipse totalement son client, pour finir internalisé et prendre sa place.

Plus sérieusement, le client a consacré du temps pour choisir un consultant qui conviendra à la mission. Il ne s’agit pas de votre confort, mais du sien. Il va se décharger sur vous, aussi faut-il qu’il puisse avoir confiance en vous. Généralement le client vous laissera du temps pour trouver vos marques dans le projet et l’entreprise.

Et puis il joue aussi sa crédibilité vis-à-vis de ses supérieurs et des managers de SSII et cabinets de conseil. Un client qui lance des appels d’offre tous les trois mois pour remplacer un consultant jamais à la hauteur, cela fonctionne une fois, deux fois à la rigueur. Ensuite il est connu comme le loup blanc par les commerciaux. Alors ce genre de client pourri est aussi apprécié par le commercial qui veut tester un consultant et sortir de mission en l’injuriant sur ses compétences à réussir un entretien de Qualification.

Notre client pourri est aussi grillé face à ses chefs. Eux aussi accepteront un ou deux mauvais consultants mais au final ne seront jamais dupes. Quand vous arrivez en mission et qu’un collègue vous dit : « En cas de problème avec le client, tu vas directement voir son N+1 … il a l’habitude » cela traduit le monde de dupe dans lequel nous travaillons. Mais on ne vire jamais un interne.

Au cours de ce billet nous aurons malmené votre égo, passant d’un extrême à l’autre. Sachez quand même que d’une entreprise à une autre, d’une mission à l’autre, on ne gère pas de la même façon un déploiement CMMi, des projets AGILE, du Six Sigma ou les normes ISO. Accordez-vous un temps d’intégration/adaptation. Moralité, pour réussir au mieux son intégration il faut faire du bruit, mais pas trop ; gesticuler pour développer sa visibilité dans l’entreprise, mais pas trop ; savoir pour être force de proposition, mais pas trop. La meilleure façon de réussir son intégration c’est encore d’organiser un pot (pour mémoire) et vous verrez, cela ira mieux demain.

Bienvenue sur le projet

Prochain article : U comme Union sacrée, le 20 janvier 2011

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