U comme Union sacrée

Initialement prévu en deux parties, ce billet présentera en un seul, les deux faces de la relation entre consultants chez un client. Ici nous ne parlerons que des consultants entre eux. L’aspect Union sacrée, tout le monde se serre les coudes, et le côté plus obscur où le consultant n’est qu’un loup pour les autres consultants. Histoire de prouver que nous n’idéalisons pas les pauvres consultants face aux méchants clients.

Parfois vous avez des managers compétents. Notez l’utilisation du parfois. Généralement ils ne restent pas, car ils font tâche dans leur SSII ou leur cabinet de conseil. Il n’ont pas le niveau de leurs collègues, ils les surplombent et font tâche. Aussi ces rares managers s’arrangent, en début de mission, pour que vous rencontriez des consultants de votre boîte déjà en place chez le client auprès de qui vous pourrez obtenir de l’aide ou des informations sur votre projet, les membres de vos équipes, les habitudes du client. D’autant qu’il n’est pas rare non plus, de retrouver en mission des consultants croisés en inter contrat avec qui vous renouerez des liens particuliers basés sur les souvenirs de galère en interco.

Mais bien souvent vous débarquez en mission sans information. Qui est interne, qui est externe ? Il y a des signes qui vous permettent de rapidement le découvrir. Ceux qui écrivent, codent ou rédigent sont des prestataires, ceux qui valident sont des salariés. Ceux qui reviennent bronzés d’un trekking à la Réunion sont des externes, ceux qui reviennent blanc d’une semaine à Stella-Plage sont du cru. Ceux dont le fond d’écran représente le logo du client ne font pas parti du sérail, ceux qui arborent une photo de leurs enfants, chiens ou chats ont leurs entrées auprès des administrateurs réseaux. Ceux qui portent un costume/tailleur sont des consultants, ceux qui n’ont qu’un pin’s de la boîte sont des internes ou des externes extrêmement fayots. En résumé, plus la tâche est ingrate, plus elle est confiée à un externe. Plus la personne est incompétente, plus elle risque d’être interne.

Ce clivage un peu simpliste est renforcé par des différences à la cantine (pour mémoire) ou sur les horaires (pour mémoire). Ce décalage est consolidé par le fait qu’entre consultants nous parlons un peu la même langue. Quelque soit notre SSII ou notre cabinet de conseil, nous avons les mêmes attentes, les mêmes déceptions, les mêmes colères.

Cela en est d’ailleurs affligeant. En dehors des hausses de salaire, aucun intérêt à quitter une boîte pour une autre. Partout le même abandon du personnel une fois en mission, partout le même entretien annuel ridicule, partout la même demande d’information commerciale à remonter. Et uniquement cela, partout.

Les consultants, volontairement ou non, créent alors une caste. Leur intérêt n’est pas lié à celui du client. Ils savent que dans trois ans, au plus tard, ils seront partis. A la machine à café ils ont des conversations transversales. Quand ils parlent d’une certification c’est en comparaison avec ce qu’il se passe sur la place, forts de leurs expériences antérieures. De leur côté les salariés regardent leur entreprise comme la mère patrie, avec une dévotion qui frise le dogmatisme. Leurs conversations sont plus verticales : « Mais comment madame Michu va comprendre la nouvelle méthode déployée. »

Ce même vocable, ce même statut, permettent alors au consultant de nouer un réseau secondaire et hermétique à celui de l’entreprise. De la même manière que votre statut de personnel externe vous ferme les codes de l’entreprise du client, votre position de consultant vous permet de développer un lacis bien mieux informé que le client. Certes, avec le temps, vous apprendrez auprès de qui vous adresser pour telle ou telle information en interne. Mais le réseau des consultants chez le client est bien plus intéressant et plus actif.

Les déménagements, les fins de contrats, les mobilités, les futurs besoins de mission, les arbitrages budgétaires tout cela est géré par … des consultants. Oups ! Pardon ! vous pensiez travailler sur un magnifique outil de gestion RH ? C’est ce que vous a vendu votre manager ? Bienvenue dans la grande famille des Excelwomen & men. D’ailleurs la seule question que devrait poser un manager à l’embauche est : « Vous maîtrisez Excel ? Parfait, vous êtes donc opérationnel sur l’ensemble des missions que nous proposons, je broderai sur le reste de votre CV pour le mettre en adéquation avec le besoin du client. »

Car un fichier Excel cela s’ouvre sur tous les postes, cela s’envoie sans difficulté et tout le monde sait l’utiliser. Et quand une personne ne sait pas l’utiliser, on lui donne un coup de main. Un interne a droit à des formations. Un externe a droit à l’aide de ses collègues. « Pour réaliser un tableau croisé dynamique, tu fais ça … Tu cliques ici … et voilà. … Tu permets que je regarde les chiffres de ce tableau qui s’appelle Besoins en ressources externes pour l’année 2011 ? »

Votre cliente est enceinte mais ne l’a dit qu’aux RH. Personne ne le sait dans son service, sauf le consultant qui gère le staffing des équipes. Votre manager vous assure que votre sortie est programmée et vous apprenez, via Radio Consultant, que vous êtes prolongé pour six mois. Vous pensiez évoluer vers un poste avec plus de responsabilités, un consultant vous avertira que le poste est ouvert uniquement aux mobilités internes de l’entreprise.

Vous ne connaîtrez jamais en avant-première les vœux du grand patron de la boîte où vous êtes en mission. Mais vous serez que budgétairement c’est un peu tendu et qu’il s’apprête à annoncer la sortie de 40% des consultants. Il faut chercher les avantages où l’on peut.

Autre avantage, un consultant sur trois ne voulait pas de la mission sur laquelle il est (*). Cela crée des liens. Reconnaissons-le, nous sommes plus aptes à aider un frère de misère qu’un interne. Quand un interne se voit octroyer une semaine de formation à un nouvel outil ; le consultant qui arrive sur la mission a droit à deux heures de présentation et se doit d’être opérationnel de suite. Alors le midi, ceux qui fuient la cantine se retrouvent pour bachoter. Et cette mutualisation des connaissances est la vraie force du consultant. Là encore, cherchons les avantages où nous pouvons les trouver.

Enfin, avec l’expérience de vos missions, vous risquez de vous spécialiser et de retrouver de mission en mission des collègues croisés précédemment, pour le meilleur ou pour le pire.

Il ne faudrait pas vous bercer de douces illusions, cela est avant tout une affaire de feeling. En interne, en externe, il y a des gens avec qui cela ne passera jamais. Et même entre consultants les pires crasses pourront vous être faites. Surtout entre consultants. L’interne se moque un peu de vous, il paye pour que vous fassiez le sale boulot. Si le travail est fait, cela lui suffit. Mais entre consultants vous pouvez, aussi, vivre une vraie guerre.

Chez le client il y a deux types de consultants, ceux qui sont de la même boîte que vous et les autres. Vous vous croyez à l’abri avec des collègues salariés comme vous chez le même employeur ? Apprenez que certains sont prêts à tout. Dire du mal d’un collègue permet de se mettre en avant. Les faiblesses de l’autre éclairant vos propres qualités. Quand ce n’est pas le manager qui demande directement à ses consultants d’épier tout ce qu’il se passe dans ses équipes :

« Tu me dis que tout va bien chez le client, je l’ai eu au téléphone, il n’a rien à te reprocher, Mais je m’interroge sur un centre de compétence qui s’est ouvert dans vos services. Pourquoi tu n’as pas remonté l’information ? Je ne te trouve pas très impliqué dans la boîte. » Vous pourrez toujours justifier qu’en guise de centre de compétences il s’agit de valider des feuilles Excel et que cela ne vous semblez pas en adéquation avec un boulot d’ingénieurs, bac+5, +6, +7 et le prestige des missions que ce même manager vous a vendu à l’entretien d’embauche Vous comprendrez à cet instant que votre augmentation vient de partir auprès d’un autre consultant.

« Le client est ravi, tu es vraiment force de proposition, il trouve que ton profil donne une bonne image de la boîte et il nous a demandé d’autres consultants de ton niveau. C’est parfait de t’impliquer de la sorte chez le client. Par contre avais-tu besoin de claironner à mon propos, je cite : « il est bête à manger du foin », que je suis « tellement con qu’il ne serait pas épeler DVD » et qu’il est « assez rare de voir une personne qui a un QI égale à sa pointure  » ? ». Ah le fameux pot de fin de journée avec les collègues au bistrot où vous claironniez vos âneries pour épater la galerie.. Il ne vous reste plus qu’à vous souvenir des gens présents pour retrouver la taupe. Juste le jour où vous vouliez demander à ce manager une formation. Et ce n’est pas la peine de tenter de vous rattraper en trouvant que votre manager à de grands pieds.

L’autre loup c’est le consultant qui vient d’une autre boîte. Alors pour lui c’est assez simple : Si vous dégagez, il le sera assez tôt pour placer à votre poste un consultant de sa boîte et toucher la prime de remontée d’affaire. Bienvenue alors au pays du savonnage de planche et cela peut prendre toutes les formes :

– Oublier de vous transférer un mail de participation à une réunion importante.
– Médire sur votre compte auprès de vos équipes projets.
– Effacer les versions de documents que vous veniez de valider sur le serveur.
– Profiter de vos congés pour placer, en remplacement temporaire, un consultant de sa boîte. Dans ce genre de métier le temporaire est souvent synonyme d’éternel.
– Appeler votre commercial en se faisant passer pour le client et se plaindre de votre travail.

Voici quelque uns des grands classiques. Ni mieux ni pire que les autres. Les consultants sont prêts à tout. Le chômage et la crise rendent l’ambiance plus tendue. Moralité, l’ensemble des projets sont constituées de consultants hypocrites qui se sourient à pleines dents en attendant de pouvoir s’étriper à la première occasion.

Ne pas faire de vagues, rire à tout et avec tous. Admirer le résultat d’une RTT de soldes, écouter, subjugué, des histoires de pommes de terre bio ou la décoration de l’appartement faite avec « Maman. » C’est aussi chiant qu’une conversation avec des internes mais comme en plus ces juniors consultants gagnent des salaires assez élevés cela se double régulièrement d’un snobisme puant et d’un mauvais goût de nouveau riche. Vous verrez, cela ira mieux demain.

Pause clopes entre consultants

Prochain article : A comme Accès à Internet, le 25 janvier 2011

( *) Sondage Galope, réalisé par nos soins auprès d’un panel de consultants largement représentatif.

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