A comme Accès à internet

Nous allons rejoindre les conspirationnistes en fin de billet, mais pour commencer, tout le monde connaît Consultandoraptor, ce très vieux consultant oublié au fond d’un couloir. Sa SSII a été rachetée par une autre SSII, elle-même rachetée par une troisième, avant de fusionner avec un grand groupe. De concaténation de fichiers Excel, en copier-coller, son nom a dû disparaître des listings du personnel. Seul son RIB lui permet de percevoir son salaire annuel. Aucun manager ne l’embête jamais. Et chez le client c’est à peine mieux : de réorganisations en absorptions, plus personne ne sait pourquoi il est ici et ce qu’il fait. Aujourd’hui, il est le collaborateur le plus ancien de son bâtiment, voir de l’ensemble de l’entreprise.

Bref, cet illustre aîné est toujours là pour vous rappeler que de son temps il n’y avait pas internet. Il discute souvent avec Consultansior, lui, s’est constitué des bibliothèques musicale et cinématographique impressionnantes en téléchargeant à partir du réseau de son client. Souvent ils se moquent de Junior qui vient d’arriver et qui ne peut aller lire ses mails perso depuis son lieu de travail.

Et nous voyons déjà des parangons de vertu monter aux créneaux : « Comment au prix où vous êtes payés, il vous faudrait en plus une connexion internet ? Et pourquoi pas de la drogue, des filles et de l’alcool ? Vous devez travailler, pisser de la copie, pondre des specs et accoucher de développements. Il est hors de questions que vous alliez baguenauder dans cet empyrée de dépravation et de vice. »

Sauf, qu’aujourd’hui l’accès internet n’est pas seulement l’ouverture à ce monde de stupre, de cochonneries et d’acrobaties sexuelles inimaginables. Internet c’est tout ! A tel point que le parlement européen a considéré, en mars 2009, l’accès à internet comme un droit fondamental permettant de « garantir l’accès de tous les citoyens à Internet équivaut à garantir l’accès de tous les citoyens à l’éducation. »

Et revoilà nos tartuffes qui viennent nous seriner que l’on peut faire cela de chez nous. Sauf qu’un consultant impliqué n’a pas de chez lui. Un consultant passe seize heures par jour chez le client, plus trois dans les transports et le reste dans son lit. La vie d’un consultant est aussi sexy que celle d’une fourmi. Il faut donc se résoudre à utiliser internet au boulot.

Nous évacuons tout de suite vos déviances personnelles et sexuelles pour n’évoquer ici qu’une utilisation « classique » du web. Réservation de voyages, gestion de compte, courses alimentaires, achats de cadeaux, paiement d’impôts, courriels à ses proches et amis, suivi de son forfait téléphonique, tout peut être fait par internet. Et tout le monde le fait, pourquoi pas les consultants ? Tous les internes passent leur temps sur internet. Ceux sont eux qui envoient ces magnifiques Powerpoint de petits chatons que vous retrouvez fowardés pour la soixantième fois dans le dossier SPAM de l’ordinateur de votre grand-mère. Car même votre grand-mère passe ses journées sur le net. Mais pas vous ?

En effet après quelques années de joyeusetés et de libertés totales, les entreprises ont serrés d’un seul coup la visse de l’accès au net pour leurs collaborateurs. Plus les entreprises se développent sur le web et proposent des services online à leurs clients, plus elles en réduisent l’accès à leurs propres collaborateurs. Et parmi ces collaborateurs, il faut soustraire la caste des consultants qui sont vraiment les moins bien lotis.

La sainte réponse des entreprises est : « Tout ce dont tu as besoin pour travailler se trouve dans l’intranet ! ». La question des consultants est : « Où puis-je trouver tout ce dont j’ai besoin pour glander ? » Vous ne pouvez plus lire vos mails mais vous avez maintenant accès à l’intranet. Quelle chance. Nous espérons que vous en avez conscience. Accéder à l’intranet, c’est un peu côtoyer le Saint Graal.

Pour les heureux qui ne connaissent pas, voici le détail d’un intranet. Il s’agit d’un site internet consultable uniquement pour les personnes disposant d’un identifiant chez le client. C’est la communication du client en temps réel à l’attention de ses salariés. En contre-partie, l’intranet du client se situe à mi-chemin entre la Pravda de la belle époque et la liberté de la presse façon Corée du Nord.

Tout est toujours beau dans l’intranet du client. Les projets vont toujours bien, le grand patron est pris en photo au milieu de ses équipes souriantes, les objectifs seront tenus et dépassés. Vous avez même la cotation de l’action en bourse. A ce sujet, la cotation est bien souvent en temps réel quand l’action grimpe mais désynchronisée quand l’action plonge.

La revue de presse ne concerne que des articles élogieux sur l’entreprise issus de journaux sérieux (La Tribune, Les Echos, etc), jamais les citations moqueuses que l’on retrouve dans la mauvaise presse (Le Canard Enchaîné, Charlie Hebdo, etc). Nous vous avons prévenu, tout doit être beau dans l’intranet. On n’y parlera jamais des consultants, c’est peut-être ce qui le rend si beau ! Pas plus que l’on ne parlera de offshoring, de réductions budgétaires, de fermetures de sites, des complaintes des syndicats.

L’intranet vous permet aussi d’accéder aux sous-sites de l’entreprise, consulter l’annuaire de l’entreprise, saisir vos feuilles de temps, ajouter et réutiliser la documentation projet, réserver des salles, des billets d’avions, des chambres d’hôtel, des prostituées, etc. La panacée, en un mot. L’intranet est une publicité permanente pour la boîte. Mais une publicité à seule destination de ses salariés cela s’appelle du bourrage de crâne.

Mais l’intranet n’est pas l’internet et ce qui vous intéresse pendant votre pause ce serait d’acheter cette petite paire de ballerines à -60% ou de réserver le voyage de cet été ou pire encore, de lire des blogs détaillant le merveilleux monde du consultant en dénigrant les managers (ne mentez pas, nous avons les statistiques et vous lisez beaucoup entre 8h et 18h).

Alors pour être certain qu’internet ne soit pas l’activité principale des salariés, l’open space est la meilleure organisation qui soit (pour mémoire). Souvenez-vous que votre écran est dans le champ de vision d’au moins trois personnes. Souvenez-vous aussi que l’on peut utiliser contre vous le fait que vous alliez sur le net, et personne ne s’en privera. Cela réduit sérieusement les envies de commenter le statut de vos amis sur Facebook en plein écran.

Chacun développe ses petites astuces : maîtrise du Alt+Tab ; toute(s) petite(s) fenêtre(s) dans un coin de l’écran ; copie-collage de textes dans les specs pour lire tranquillement son article consacré à la dernière voiture tout en étant à l’abri des regards inquisiteurs. Bref, comme très souvent, le consulting c’est de la débrouille, la bidouille. Remémorez-vous les astuces que vous avez déployées pour tricher à vos examens…

Vous ne disposez pas d’un accès à internet par défaut lors de votre mission. Suivez notre méthode : allez voir votre client en indiquant que ce besoin vous est primordiale car avez besoin de … saisir vos feuilles de temps chez votre employeur. Pour une fois que ce dernier vous sert à quelque chose. De plus le client n’est pas regardant, ni dupe et l’accès au net se fait assez facilement. Il est aussi le premier à glandouille sur Google à l’infini, toujours à la recherche d’une magnifique présentation de petits chatons en boules sur une musique sirupeuse.

Quoi que chez le client l’infini a une fin qui se nomme la Zone de confiance. Nous connaissons tous le fameux message « L’accès à ce site n’est pas autorisé. » Nous ne raillerons pas le comparatif facile qui vous interdit certains sites et en autorises d’autres. Vous constaterez par vous-même que vous n’ayez pas accès à Youtube mais on vous autorise à regarder Dailymotion (il faut savoir que le big boss passe sur le second site et pas le premier). Et oui, c’est petit, mesquin, la vie d’une entreprise française.

La Zone de Confiance est principalement constituée par des packs de mots clé qui restreignent la visite sur certains sites (Exemples de mots interdits : Blog, jeux vidéo, sexe, etc). Enfin le dernier critère de définition de cette zone interdite est : Le doigt mouillé. Aucune logique à vous interdire un site plutôt qu’un autre. Juste la bêtise des pack de mots clés.

Généralement le client ne prend pas beaucoup de risque et à moins de faire du développement vous aurez droit qu’à Internet Explorer. Là encore nous nous exclurons du débat pro ou anti Microsoft. Ce qui est formidable c’est donc d’avoir accès à internet dans une entreprise qui vante sa modernité, sa réactivité, son goût pour les nouvelles technologies. Il s’agit, bien sûr, de pure Communication. Surtout quand un message de votre navigateur vous précise : « Vous utilisez un navigateur dépassé depuis près de 8 ans ! Pour une meilleure expérience web, prenez le temps de mettre votre navigateur à jour. » Quelle modernité ! Ne tentez rien, vous n’avez pas les droits administrateurs pour installer une version plus actuelle. Mais souvenez-vous qu’il y a toujours loin de la coupe aux lèvres.

A ce stade du billet vous vous interrogez encore sur le net au bureau. Rassurez-vous, la solution est dans votre poche : Le smartphone.

Et voilà la théorie du complot : Qui développe des produits comme les smartphones ? Non, pas les juifs homosexuels et franc-maçons ; pire que cela : les consultants. Le secteur de la téléphonie est un des plus gourmands en prestataires. On a dû les interdire d’internet et ils se sont vengés en installant le net sur leur portable. CQFD. Le smartphone n’est pas l’outil merveilleux vous permettant de consulter le web depuis une île déserte ou en plein forêt. Le smartphone, c’est juste la possibilité de lire ces mails aux pieds des tours pendant les pauses café.

Vous allez sur les sites que vous souhaitez. Liberté totale sans droit de regard de qui que ce soit. Placé entre vous et votre clavier, votre navigation reste invisible à la vue de vos voisins d’open-space. Vous pouvez commenter, twitter, mailer, acheter, tchater, vendre à volonté, vous n’avez aucun compte à rendre à qui que ce soit. Votre Zone de confiance : c’est vous.

A quoi sert internet ? Ceux qui ont un libre accès total à internet, connaissent tous ces moments où, lassent d’avoir visités leurs sites habituels, ils végètent en cliquant de lien en lien ou bien se trouvent une soudaine passion pour une république caucasienne sur Wikipédia. Ce n’est pas mieux.

Quant à savoir ce que faisait Consultandoraptor avant, sans le net ? Il butinait la secrétaire, utilisait la ligne professionnelle pour des appels perso, il faisait des mots croisés. Maintenant il drague en ligne, possède un forfait illimité et une appli Sudoku. Vous verrez, cela ira mieux demain.

Vente Privée : -65% sur les consultants

Prochain article : N comme Normes, le 30 janvier 2011

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7 commentaires pour A comme Accès à internet

  1. ToriVsUke dit :

    Etant passé du côté obscur de la force, du Consultant/Prestataire vers le statut de Client, je me plais à lire ces billets, et à y retouver à peine caricaturés tous les travers du métier. Petite remarque cependant, n’avez-vous pas de comités de relecture suivis de réunions de validation eux-mêmes suivies de contrôles qualité ? En effet, les fautes d’orthographe/grammaire sont bien présentes. Merci pour ces billets que j’ai lus de 8h à 18h (ben oui, chuis Client, et j’ai accès illimité à Internet…)

  2. ploooooc dit :

    Merci pour ce message. Entre clients nous allons pouvoir nous comprendre. Nous avons lancé un appel d’offre pour la rédaction des billets de ce blog. Une SSII, dont nous tairons le nom par discrétion, est venue nous présenter un consultant diplômé es Maître Capello ; 10 ans d’expérience avec des missions chez Larousse et Robert ; parfaite maîtrise des outils Bled et Bescherelle. TJM trop élevé, vous connaissez cela. Avec notre budget nous n’avons eu droit qu’aux développements en Roumanie et un back office en Inde. Nous vous invitons donc à revenir le 25 mars pour un billet qui sera consacré à laure-tografe chez les consultants.

  3. Super Menteur dit :

    @ToriVsUke, « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ». Et au fait c’est bien, une fois que l’on est passé de l’autre côté ? Au delà de glander sur internet ?

  4. ToriVsUke dit :

    @Super Menteur : « Qu’un porte le flaque ont pour vue connais livre esse ». Mmmmh, moins facile à lire je pense…
    Eh bien je suis extremement déçu, je pensais enfin glander et piloter du presta, eh ben pas du tout : non seulement j’ai moi-même des projets, des missions et des tâches à accomplir, des livrables à livrer, mais en plus je dois rédiger des Appels d’Offre, et analyser les réponses AO de boîtes de prestation (ou plutôt des managers) qui pensent que le sérieux se mesure au nombre de pages. Sans compter (en fait si) les justificatifs à apporter aux N+1, N+2 et Achats quant au bien-fondé de la mission, pour valider le budget, le planning et les livrables. Client, c’est pas toujours une sinécure…

  5. Consultor dit :

    Une petite précision concernant mon collègue Consultandoraptor.

    Au passage, à l’époque cette grotesque appellation de « Consultant » n’existait pas (sauf pour des individus en costume Hugo Boss, avec des tronches de premier de la classe, qui expliquaient aux directions générales avec des transparents – Powerpoint et les vidéoprojecteurs n’existaient pas encore – ce qu’elles savaient déjà, et en plus se faisaient payer pour ça). A propos du bas peuple, on parlait uniquement de « prestataires », ce qui était moins faux-cul, quoique le mot « intérimaire » serait également tout à fait utilisable.

    Il faut se rappeler que lui, vivait à l’époque du Minitel et que s’il n’y avait pas Fesse-bouc, il y avait 36 15 Ulla. Mais très vite, les entreprises ont coupé l’accès à cette Sodome télématique. Non par principes moraux ni par souci de la productivité, mais tout simplement parce le coût de l’heure de connexion atteignait des sommets himalayens, surtout multiplié par le nombre de salariés présents sur un site. Un petit verrouillage du 36 15 au niveau du PABX, et le tour était joué.

    • ploooooc dit :

      @Consultor, merci de faire revivre, le temps d’un commentaire, ce bon vieux minitel. Pour les jeunes consultants, rappelons que le minitel était une sorte d’Internet très, très cher, en noir et blanc.

  6. Fred dit :

    Flûte, moi qui pensait etre le seul à copier/coller un article au milieu de mes specs !!! Sinon pour ne pas végéter avec InternetExplorer6 et si vous n’avez pas les droits d’administrateur pour installer un autre navigateur, essayez une version dite ‘portable’ (FireFox portable par exemple): bref, qui ne s’installe pas mais se ‘pose’ sur votre disqueDur/disqueReseau/ClefUsb. Et voila à vous la joie des onglets et de flash !!!

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