D comme Diversité

C’est le sujet du jour qui a été le moteur de ce blog. C’est en remarquant la diversité des consultants que nous avons commencé à nous interroger sur notre métier et par la suite, extraire les différents sujets de ce blog. La diversité à était le fil de cet écheveaux que nous tirons depuis le début tant il nous semblait caractéristique des SSII et cabinets de conseil. Tout le reste pourrait presque s’appliquer à tous les autres secteurs, mesquineries entre collègues, restaurants, pots, open space. Rien qui ne soit particulièrement lié aux SSII et cabinets de conseil si ce n’est le prisme avec lequel nous regardons l’ensemble. Alors que la diversité est vraiment le particularisme du consulting.

Après un mois de janvier consacré aux vœux des chefs d’entreprises à leurs salariés, vous avez certainement connu ce moment où l’open space est vide de tout interne. Ils sont en train d’écouter religieusement le prêche du big boss avant de se rabattre comme un voile noir de corbeaux sur un buffet de seconde zone.

C’est ce que nous imaginons, comme prestataires nous ne sommes jamais invités. Nous sommes tenus à l’écart des discours galvanisants, des envolées prometteuses d’un avenir radieux et des annonces de croissances à deux, trois, voir quatre chiffres pour les plus optimistes. Nous restons donc à travailler dans l’open space. Première constatation : que nous travaillons bien sans interne ! Maintenant que nous savons que des managers et même des clients lisent ce blog, peut-être un grand patron trouvera-t-il intéressant de réduire ses frais en ne prenant plus que des prestataires.

En effet même sans interne nous travaillons fort bien, les livrables sont livrés, les développements développés, les tests testés. Mais personne ne peut valider notre feuille de présence, mon dieu, c’est la fin du monde… !

Donc pendant que les salariés somnolent lors du discours du président, le travail est fait, mais surtout, l’open space prend une teinte plus à même de ressembler à la pluralité de la société française. On y retrouve toutes les couleurs de la France d’aujourd’hui. Car, une fois n’est pas coutume, nous souhaitons saluer ici l’ouverture d’esprit des SSII et des cabinets de conseil qui n’arrêtent pas leur embauche à la simple couleur de peau des candidats ou une adresse de résidence. C’est assez rare pour être signalé.

Au-delà de cette constatation, combien, parmi les lecteurs qui consultent ce blog, ont un client qui ne soit pas blanc ? Et oui, le problème n’est pas de tresser des lauriers pour les SSII et cabinets de conseil qui ne font qu’embaucher sur les qualités des personnes et non leur couleur. Le problème est la posture, un rien raciste, dont font preuve les clients. Et voici le contre-argument du client : « Je ne suis pas raciste, mon développeur est noir » ou « J’adore l’étranger, je fais faire tous mes développements en Inde et le week end dernier j’étais à Marrakech. »

Car le client est dans une posture un peu schizophrène. Il freine l’embauche de gens de couleur en interne mais ne rechignera jamais à avoir des prestataires non-blancs dans ses équipes. Pour une seule raison : Nous ne sommes pas de la boîte. Nous ne sommes considérés que comme un objet. Un peu comme un sale gosse qui rêve d’avoir une WII blanche et reçoit la noire, il lui suffit de la cacher derrière le poste de télévision, après, cela reste une WII. Un prestataire c’est pareil. Cela se cacher derrière une plante verte. Et puis si les inspecteurs du travail débarquaient dans l’open space on pourrait toujours leur monter que la mixité sociale on est pour. Un noir, une plante verte, un jaune une plante verte, un blanc, une plante verte, etc. par contre si vous virer les externes cela donne une plante verte, une chaise vide, une plante verte, une chaise vide, une blanc, une plante verte. La planète est sauvée, nous avons toujours nos plantes vertes.

Alors que le président américain est noir, le secrétaire général des Nations Unies est jaune, la France se complait dans le modèle coloniale de l’entre-deux guerres. La seule fois, au cours de 15 dernières années, où la mixité sociale a été chantée, vantée, admirée, ce fut en 98 face au Brésil. Cependant des équipes Black-Blanc-Beur nous en côtoyions tous les jours sans que cela ne pose le moindre problème ou ne soulève la moindre polémique. Bien au contraire, tout cela fonctionne à merveille, les projets sont livrés sans que la couleur de machine ne puisse poser le moindre problème.

La qualité humaine et professionnelle d’une personne ne dépend en rien de la couleur de peau, au risque de peiner notre Marine nationale. Nous suivons tous le même cursus, possédons un baccalauréat identique, nous nous retrouvons dans les même écoles d’ingénieurs, mais une fois le diplôme en poche les différences se font très lourdement ressentir. Une couleur de peau, une adresse postale ambigüe et voilà une partie de la population française laissée sur le bord de la route. Ce n’est pas l’ascenseur social qui ne fonctionne pas, c’est l’accès à l’ascenseur qui est bloqué. Alors nos bons samaritains du consulting arrivent tels des Zorros de supermarché.

Nous voulons bien leur reconnaître cette ouverture qui les pousse à embaucher des gens de couleur mais nous ne sommes pas totalement dupes des raisons de ces largesses. Si les SSII et cabinets de conseil sont plus prompts à embaucher des gens de couleur c’est principalement parce que le client ne vient jamais chez eux. Le consultant en mission est noyé dans une marée de consultants et d’internes. Il est difficile de savoir qui vient d’où et honnêtement, tout le monde s’en fiche. En mission, la priorité c’est le projet.

D’autre part chez le client votre adresse n’a pas d’intérêt. Que vous veniez d’une cité ou du cœur de Paris l’important est que vous fassiez votre travail et que vous ne dépareillez pas avec le reste des salariés. Donc on évite le boubou, la djellaba ou le sari. Merde ! Faites un effort d’intégration quand même. Et puis votre employeur se fiche de savoir d’où vous venez ce qui compte c’est uniquement que vous acceptiez de faire les deux heures de RER le matin et autant le soir pour vous rendre en mission.

Pour les SSII et cabinets de conseil qui encombrent les Prud’hommes, c’est la rare occasion d’être en adéquation avec le droit du travail. Non embauchés en France ces gens s’exilent outre-Manche ou outre-Atlantique. Quand ils reviennent, si ils reviennent. Ils maîtrisent parfaitement leur métier, leur langue maternelle, l’anglais et parfois même un patois africano-berbère si pittoresque. Ces qualités sont reconnues chez les anglo-saxons comme de véritables plus pour les entreprises alors que chez nous, la seule couleur de peau est rédhibitoire.

Enfin, la pire de toutes les raisons qui poussent le monde du consulting à investir en masse dans la couleur. Cette raison est avant tout financière. Vous n’avez pas répondu l’humanisme nous espérons. Et oui c’est l’argent le nerf du consulting. Alors une personne de couleur, surdiplômée, surcompétente mais dont aucune entreprise française ne veut ; les SSII et cabinets de conseil l’embauchent à des tarifs affreusement bas.

Prenons d’un côté Jean Dupont, né à Vichy, dont les parents sont nés à Vichy, dont les grands parents sont arrivés à Vichy avec le Maréchal, et en face, plaçons Laurent N’Goudi, né à Vichy, dont les parents sont nés à Vichy, dont les grands parents ont libéré Vichy. Jean et Laurent ont le même âge, le même cursus, la même école. Laurent sera moins bien payé (entre 10 et 20 %) que Jean.

Son manager lui expliquera à demi mot : « Je ne peux pas faire plus, tu as un profil qui ne correspond pas forcément à l’attente de nos clients. » Traduction : « Dis donc Banania, toi y en a être content, moi donner toi boulot autre que balayer, alors toi dire merci et fermer ta gueule. » Le manager connaît tellement bien ses clients que si Jean et Laurent trainent un peu trop longtemps en inter contrat, il les emmènera tous les deux chez le client pour une qualification. Et à profil identique, on préférera Jean. Laurent jouera le second couteau que l’on utilise en entretien pour être certain que l’autre soit pris. Il jouera le rôle de l’épouvantail noir mangeur d’enfants, violeur de femmes. Alors Laurent devra accepter des missions de moindre qualité, le fond de pipe, le RER pendant des heures et le tout avec le sourire. « Déjà que l’on te donne du boulot, tu sais que c’est la crise ici, dans ton pays je ne sais pas, mais c’est dur pour nous ? » Connard, je suis né dans le XVème et il t’emmerde mon pays. Avec des cons comme toi c’est la moindre de choses que ce soit la crise.

Et que dire de ces pontes de l’économie française qui viennent régulièrement mettre en avant le CV anonyme comme solution à tous les mots. Cette idée existe dans les faits depuis 2006. Regardez autour de vous. Rassurez-vous, ceux sont les mêmes vieux patrons qui ploient sous les stocks options et qui réclament leur suppression. L’économie française est une farce et nous savons où trouver ses bouffons.

Alors certains trouveront que nous n’avons pas quitté le monde conspirationiste évoqué lors de l’article sur l’accès à Internet (pour mémoire). D’autres nous citeront leur client de couleur. Ce billet ne se veut pas une règle, juste un constat. Levez le nez de votre écran, et balayez du regard l’open space. Maintenant comptez le nombre d’internes et de prestats. Puis comptez le nombre de gens de couleurs chez les uns et les autres. Quel est le ratio de votre enquête ? Ou wè, sa pral pi bon demen.

United colors of Consulting

Prochain article : U comme U got a message, le 10 février 2011

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7 commentaires pour D comme Diversité

  1. Presta femelle dit :

    Si ça peut vous rassurer, les femmes cadres sont payées 20 à 25% de moins que leurs collègues masculins, même avec le même cursus et la même école, donc finalement, on est toujours le riche de quelqu’un.

    Bien évidemment si vous êtes une femme et que en plus vous êtes noire alors bon là, tant pis, vous l’avez cherché quand même…

    … non ?

  2. Anonyme dit :

    Et encore, on n’a pas parlé des handicapés.

    • ploooooc dit :

      Depuis plus de 3 ans toute entreprise de plus de 20 salariés doit employer des travailleurs handicapés à hauteur 6% de son effectif. Dans le cas contraire elle doit s’acquitter d’une contribution à l’Agefiph.
      Il serait très intéressant, de connaître le taux de contribution des entreprises sous convention collective Syntec. Nous craignons qu’il soit monstrueusement élevé. Car si nous n’avons pas parlé des handicapés c’est pour plusieurs raisons :
      – Concrètement nous n’en avons jamais croisé en SSII. Jamais vu non plus un commercial en accompagner en entretien. Une femme, un jeune, une personne de couleur c’est déjà si dur « à vendre », alors un aveugle, un sourd, une personne en fauteuil roulant, c’est inimaginable pour eux.
      – Humainement les clients finaux adorent embaucher des handicapés. Cela renforce leur côté « La diversité c’est nous » ou « Tous différent mais tous ensemble ». Et que personne ne voit derrière cet humanisme le cynique des abattements fiscaux dans de telles embauches.
      D’ailleurs, regardez les offres d’emploi et comptez le pourcentage de celles-ci ouvertes aux travailleurs handicapés. Cela fait frémir.
      Nous serions heureux d’avoir un retour, plus concret que notre pauvre expérience, sur ce sujet.

  3. Hélène dit :

    Bonjour,
    je me permets d’intervenir alors que je découvre votre blog aujourd’hui. Je suis RH dans une petite boite de conseil, et je retrouve beaucoup de ce que me racontent les consultants dans vos billets.
    Je partage une partie de votre constat : un consultant me rapporte que lors d’un rendez vous avec le client, ils répartissaient le travail entre les membres de l’équipe et le client a demandé « Machin ? c’est lequel ? le noir ou le jaune ?? » mon consultant n’a pas su quoi lui répondre tellement il a été abasourdi. Il faut dire que ce n’est pas la politique de la maison, chez nous, les différences de salaire sont liées à la performance, pas à la couleur.
    Mais j’ai aussi envie de nuancer un peu vos propos. Je m’explique : Quand j’ai été embauchée dans cette petite boite, il y a 2 ans, je m’étais donné 2 missions : arriver à augmenter le ratio homme/ femme (à l’époque 2 femmes consultantes pour 15 hommes, et aujourd’hui 1 femme consultante pour 28 hommes …) et embaucher une personne en situation de handicap.
    En ce qui concerne les femmes, nous avons peu de retours, elles ne veulent faire que du fonctionnel et pas de technique, à chaque tentative de recrutement, ça a été un échec, mais bon je ne désespère pas, j’ai embauché des femmes en fonction transverses mais 2013 sera l’année de la consultantE
    En ce qui concerne les personnes en situation de handicap, le blocage ne s »est pas situé au niveau de la direction ou des clients, mais bien avant dans mes possibilités pour « sourcer » des consultants handicapés ! moult sites spécialisés dans le recrutement de personnes en situation de handicap, mais avec un droit d’accès que ne peuvent se payer que les grosses SSII !! La lutte anti-discrimination des handicaps est une machine à fric écœurante qui donne juste envie de faire marche arrière ! Oui, nous avons payé la cotis parce que franchement, c’était 5 fois moins cher que de sourcer sur un site spécialisé, avec aucune garantie de résultat. Là, le problème ne se situe pas chez la SSII, mais dans le système qui marchande le handicap ! Dire que de l’autre côté il y a des gens qui cherchent du travail, moi ça me dégoute parce que entre eux et nous, il y a des plateformes censées faciliter l’embauche et qui dans notre cas, nous ont juste donné envie d’arrêter nos démarches.
    Voilà, je pourrai encore écrire 15 pages sur la question parce que j’ai beaucoup à dire, mais je m’arrêterai là parce que c’est déjà pas mal 😉

    • ploooooc dit :

      Notez que nous avions salué le travail des SSII qui embauchent beaucoup plus de gens de couleur que ne le font les clients finaux (sauf BTP et restauration). Nous avons détaillé les femmes consultantes dans un article dédié (K comme Knockin’ on hell’s door).
      Merci de votre vision du « côté obscur » du métier.

    • yoda dit :

      Pourtant c’est difficile pour une femme de faire du technique. Personnellement, j’ai réussi à en faire, mais c’est quand même moi qui écopait des missions front avec plein de CSS à faire…
      J’ai eu une seule collègue féminine dev dans ma boîte, elle est venue pour faire du technique et s’est barrée pendant sa période d’essai car elle touchait pas une ligne de code.

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