W comme WC

Nous entendons d’ici les plus sceptiques, des fosses, parler d’un vrai sujet de merde : « et pourquoi pas un sujet sur les touillettes des machines à café ? » Nous y avions pensé mais comme une part importante de consultants boit son café sans sucre, le sujet était bien trop clivant, pas assez fédérateur, nous aurions perdu des lecteurs. Alors qu’avec les WC nous sommes certains que tout le monde y passe, un moment ou l’autre, pendant sa mission.

Pourquoi, diantre, perdre son temps avec ce sujet sur les gogues ? Regardez autour de vous. Levez la tête de votre box. A droite une personne, à gauche une personne, devant, derrière, même les murs de vitre des salles de réunion vous exposent aux regards de tous. L’open space a supprimé toute notion d’intimité. Vous le savez bien au moment où vous souhaitez passer un coup de téléphone personnel. Le public et le privé se mélangent dans une osmose voyeuriste. Vous devez brailler au milieu du plateau pour justifier votre découvert auprès de votre banquier, pour saluer une tante de province, pour dire des mots doux à votre chéri(e). De la même façon vous réglez les problèmes de spécifications, de développements ou de qualifications.

En plus des vôtres, il faut supporter les 50, 100, 200 conversations semblables de vos collègues d’étage. Cela donne des envies d’exil au monastère de la Grande Chartreuse, même aux plus altruistes d’entre nous. Bouchons de cire, casque de baladeur, coup de boule, méthode zen, chacun a sa technique pour faire face au bruit régulier et incessant de l’open space. Et toutes les demi heures c’est un collègue différent, qui tel un vautour affamé vient se pencher sur votre épaule pour savoir ce que vous faite.

Que, par discrétion, vous régliez vos problèmes personnels par téléphone dans une salle de réunion et c’est un comité projet qui vous exclu manu militari car « On a réservé la salle. » Donc, le seul endroit, où vous pourrez trouver un peu d’intimité, sera les toilettes. Leur implantation au cœur des immeubles les empêchent souvent de capter correctement, vous privant alors de conversations téléphoniques personnelles. De ce fait les toilettes deviennent un lieu de réflexion loin des tumultes du monde moderne. Et n’arguez pas sur la qualité de ce qui sort de ces réflexions là. Elles valent largement celles que vous mettez dans vos spécifications ou qualifient à merveille la qualité de vos développements. En un mot comme en cent, de la merde.

Comme l’open space a été optimisé, les WC sont rationnellement conçus. N’imaginez pas y trouver trente cabines, même si vous êtes 300 sur le même plateau. C’était avant. Depuis, un consultant, expert Excel, est passé par là :

– Alors voilà, nous avons trente chiottes homme et autant femme. Nous aurions besoin de créer une nouvelle salle de réunion et de placer 8 bureaux, peux-tu nous optimiser l’espace ?
– C’est ça ma mission ?
– Ton manager ne t’a pas dit que ce serait une mission de merde ?
– Ah d’accord. En fait vous aviez parlé de travailler sur l’organisation et les implantations. Soit 300 personnes réparties sur trente cabines, donc 1 cabine pour 5 personnes. Une utilisation moyenne de 3 fois par jour à raison de 5 minutes à chaque fois. Soit un ratio optimisé et en flux tendu de 1 cabine pour 32 personnes. Résultats 5 cabines par sexe.
– Parfait, nous dirons donc 3 cabines par sexe. Cela nous permet de faire un bureau de directeur et une salle de réunion en plus.
– Non, mais ce n’est pas ce que j’ai dit.
– Oui, mais on fait dire tout et n’importe quoi aux chiffres. Et moi je dis que ta mission s’arrête aujourd’hui. On tire la chasse et tu t’en vas.

Voilà une bien belle expérience professionnelle à mettre en avant sur un CV ! Nous avons tous ce genre de mission dans nos dossiers de compétences.

La joie de l’open space c’est son côté batterie. Cela caquette sans fin, cela se vole dans les plumes et cela ne se déplace qu’en groupe. Tout l’open space prend son café à 9h20, fume son clope à 10h15, fait pipi à 11h55, avant de faire la queue à la cafétéria. Donc oui, l’intimité des toilettes doit souvent s’accompagner d’une attente en groupe. Généralement c’est le lieu où l’on n’a pas vraiment envie de discuter et c’est le lieu où l’on rencontre toujours le directeur de votre projet, injoignable le reste du temps. On urine de concert au gré des risques du projet et des problèmes prostatiques. On serre des mains plus ou moins propres. On se dépanne en tampons. La grande fraternité du pipi/caca.

Comme certains partent en vacances en septembre, peut-être déféquez-vous en décaler ? Dans ce cas vous bénéficiez vraiment du calme de l’endroit et vous découvrirez la véritable intimité du lieu.

Vous aurez alors tout loisir de lire et de suivre la méthode de lavage des mains. Et oui, depuis la crainte de la grippe aviaire toutes les entreprises ont installé des écriteaux signalant comment et combien de temps il faut consacrer au frictionnement des mains. Bac+5, ingénieurs, et l’on vous explique comment vous laver les mains. Cela a un air de déjà vu, on vous l’avait expliqué en maternelle. A quand la description sur la façon de tenir son zizi ?

Alors pour ceux qui cherchent un peu de calme, les toilettes aux heures creuses, sont un lieu idéal. En dehors de besoins vitaux, milles activités s’ouvrent à vous dans ces lieux. Téléphoner, nous avons vu que cela était difficile mais vous pouvez aisément vous y suicider. C’est moins drôle mais plus fréquent chez les consultants. Et puis c’est génial pour l’entreprise car, vous ne faites pas parti des effectif, donc pas de publicité négative ! Quant à votre SSII, elle fera, au mieux passer cela pour un accident du travail, au pire elle expliquera qu’elle est à [ville de votre choix] et que cela est arrivé à [ville de votre mission]. De la sorte aucun lien de causalité ne pourra expliquer que votre geste soit lié à votre travail.

Alors pour ceux qui ne veulent pas téléphoner ou en finir avec la vie, les toilettes sont le lieu idéal pour piquer un petit roupillon. Nous faisons des horaires de malade, il faut de temps en temps savoir se poser et se reposer. L’open space n’étant pas l’endroit idéal, les toilettes font d’excellentes cabines de repos. Toujours prompt à dégainer un bon conseil, nous vous invitons à vous munir d’un ruban adhésif et d’une feuille de papier sur laquelle vous aurez pris soin d’écrire « Hors Service ». Le cas échéant vous risquez d’être rapidement dérangé par des perturbateurs venus tambouriner à la porte.

Les toilettes sont aussi le lieu idéal pour craquer, piquer une crise, maudire la terre entière. Vous venez de vivre une réunion cauchemardesque. L’ensemble des problèmes du projet sont de votre faute, le client vient de vous annoncer que votre mission se terminait ce soir, vous êtes en période d’essai et votre manager vient de vous annoncer que vous étiez à mis à la porte. Bref tout va bien. Vous avez réussi à tenir le coup devant tout le monde mais maintenant vous craquez, à l’abri dans votre cloison à caca. N’ayez pas honte, nous sommes tous passés par là, aussi.

En complément de cet article nous devons indiquer l’autre lieu à l’intimité aussi relative que les toilettes : les ascenseurs. Vous qui remettez votre mèche ou vérifiez votre nœud de cravate avant d’arriver à votre étage, le savez bien.

L’ascenseur aux heures de pointe c’est l’horreur. On l’attend de longues minutes, il arrive plein comme un œuf, on se serre, on fonce, on force, on entre et l’on se retrouve tous coller les uns aux autres, dans un mélange de parfums, de sueur et d’odeur de pipi, car vous ne vous êtes pas tous lavés les mains. Mais là aussi, aux heures creuses, l’ascenseur propose un peu de calme et souvent de la musique. Le seul problème c’est qu’à n’importe quel étage ce charme peut être rompu. En outre, sauf à travailler au sommet d’une tour le trajet est souvent trop court. Juste le temps nécessaire pour se curer le nez.

Petite précision, les ascenseurs comme les toilettes sont à présent des lieux non fumeur. N’espérez donc pas vous en griller une tranquillement sans mettre en branle tous les systèmes d’alarme.

Enfin, dernière remarque concernant les ascenseurs : la politesse n’y est pas exclue. Les règles de bienséance prévoient que la personne qui entre, salue ceux déjà dans la place. De la même manière celle qui descend, adresse le bon jour à ceux qui restent. Et vous verrez, cela ira mieux demain.

11h55, la queue devant les toilettes

Prochain article : V comme Variable d’ajustement, le 20 mars 2011

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Un commentaire pour W comme WC

  1. ploooooc dit :

    Les beaux jours reviennent, ne faites plus la sieste dans les WC, choisissez les meilleurs spots sieste de Paris : http://www.streetpress.com/sujet/2155-top-10-les-meilleurs-spots-pour-faire-la-sieste-a-paris

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