X comme Xp

Celui qui passe son temps à jongler entre sa vie de presta et sa console vidéo sait à quoi correspond l’Xp. Pour les autres, qui préfèrent lire La recherche du temps perdu, ne cherchez plus à quoi vous perdez le votre de temps, à lire, espèce d’intellectuels. Donc précisons pour les trois librophiles perdus sur ce blog que l’Xp n’est en rien le parfum de madame Verdurin ou la référence de l’appartement de Charles Swann. L’Xp est la capacité à faire monter en compétence un personnage que l’on interprète dans des sessions multi-joueurs de jeux vidéos en ligne. L’Xp, c’est l’expérience de votre personnage.

Mais nous constatons que cette mise en parallèle, du gamer et du presta, est de nature à perturber les moins assidus des consoles nextgen et autres Nintendo 2CV (ou 3DS, c’est une Citroën mais nous les confondons toujours). Nous rassurerons cette partie du lectorat en lui demandant de se souvenir de sa jeunesse sur Pong ou Arkanoïd ou de passer directement au paragraphe débutant par : « En effet votre vie de consultant… »

Maintenant que nous sommes débarrassés des néophytes des guildes, des novices du deathmatch ou des puceaux de la prise de drapeau, nous allons pouvoir parler entre nous. Car consulting et jeu vidéo sont semblables :

– Dans les deux cas, si on n’est pas immergé dedans cela semble un monde complètement dingue, abrutissant, avilissant et fermé. Pour le consulting, même quand on pratique, on constate que c’est dingue, abrutissant, avilissant et fermé.

– Dans les deux cas, nous sommes dans un univers virtuel, tant le statut du consultant est flou et assez proche des frontières du légal et du réel.

– Dans les deux cas, nos actes ne peuvent pas avoir de répercussion dans la vraie vie. Le consultant n’ayant aucun pouvoir, la non-exécution d’une action n’entrainerait qu’un retard dans la livraison d’un reporting. Ouh la la, c’est trop grave !!!

– Dans les deux cas, il faut s’appuyer sur une équipe pour avancer en groupe. N’est-ce pas magnifique, on dirait la belle vie d’un projet. Rassurez-vous, il est aussi possible de buter tout le monde et de tuer ses propres coéquipiers.

– Dans les deux cas, nous sommes en contact avec des gens que nous ne rencontrerons jamais. Vous pensez vraiment aller à Bengalore saluer Vikram du call center support fonctionnel, lors de votre visite du sous-continent indien ?

– Dans les deux cas, notre montée en puissance se fait sur le dos des autres. On tue virtuellement dans le consulting, mais la peau d’un autre consultant est un trophée qui vaut de l’or (pour mémoire).

– Dans les deux cas on débute avec un couteau suisse, on galère, on se fait allumer par tout le monde. Pour finir avec un tank quand il n’y a plus personne à latter.

– Dans les deux cas, les parties sont limitées dans le temps. Quoiqu’une mission de 10 ou 30 minutes serait bien souvent le rêve.

– Dans les deux cas des objectifs inatteignables permettent d’encourager la rejouabilité. Remercions ici, nos managers.

– Dans les deux cas vous amassez beaucoup d’argent. Mais c’est virtuel, surtout pour le consultant. Remercions ici, une nouvelle fois, nos managers.

– Dans les deux cas les DLC viennent agrémenter le jeu principal. Dans le monde du consulting le DCL se dit : « Reconduction tacite de mission tous les trois mois. »

– Enfin, dans les deux cas, la mort de votre personnage ne met pas fin à la partie. « Une mission de perdue, une mission de perdue » comme disait Confusiator, le grand philosophe du consulting. Il disait aussi : « Y a du monde pour une pause clope ? », mais on la cite moins souvent celle-ci.

Mais toute ressemblance porte en elle son lot de différences.

En effet votre vie de consultant ne s’arrête pas à l’extinction de la console, elle vous poursuit. Un consultant si ce n’est souvent qu’un numéro pour son employeur, c’est surtout un chiffre. Le chiffre qui précède la phrase « … année(s) d’expérience ». Et plus le chiffre est important et plus la marge va être grosse pour votre manager. C’est la seule chose qui compte.

Là encore, la faute incombe aux clients. Le client connaît les méthodes de gougnafiers des managers. Leurs façon de vendre des juniors comme étant des confirmés ou des confirmés comme des séniors. Nous n’exclurons pas non plus le junior vendu comme sénior. C’est de votre faute aussi, vous faites beaucoup plus vieux. Essayez donc une crème anti-âge. Donc pour se rassurer, le client demande toujours plus d’années d’expérience.

Mais attention, il est assez rare que votre expérience soit unie. Elle s’est constituée au gré de vos missions. Votre expérience c’est un bric-à-brac de missions sans véritable lien les unes avec les autres : 1 an de développement, 2 années de tests, puis 6 mois de contrôle qualité, suivis d’un an comme PMO, etc. Votre manager vend le pack comme 5 années d’expériences et il louera votre ouverture d’esprit. Là le client tique, et c’est le drame.

Pour une fois nous allons défendre le client. Vous iriez voir un médecin, blanchi sous le harnais qui vous justifierait son savoir-faire par « 3 mois de stage en cardiologie, puis 2 ans comme pédiatre, suivis de 5 années en gériatrie, de 6 mois en proctologie et de 9 mois en urologie. 4 ans comme gynécologue obstétricien et me voilà, dites 33. » Soit vous venez de prendre rendez-vous avec le docteur Mabuse ou son confrère Mengele, soit ce médecin est génial. Les consultants sont plus souvent Mabuse que géniaux. Mais si votre manager a bien fait son travail, tout cela ne se verra pas. Il vous a demandé de jeter un voile pudique et unifiant sur l’ensemble de votre carrière et votre dossier de compétence. Et voilà comment, à la demande du manager, vous aller gommer les aspérités de votre dossier de compétences. Vous allez mentir car « c’est la crise, et il faut que tu y mettes aussi du tien. »

Donc vous l’aurez aisément compris, les missions n’étant pas le fait du consultant vous ne pouvez pas bâtir un vrai plan de carrière. Dans six mois, un an, trois ans au pire, où serez-vous ? Le savez-vous ? Un autre métier, un autre secteur, une autre région. Là encore, rapportez cette remarque au travail classique d’un salarié. Il sait que dans un an ses patrons veulent qu’il monte en compétence sur tel sujet pour lui confier un projet et que dans deux ans il doit maîtriser l’anglais pour développer la filiale en Irlande, etc. Nous, consultants, bénéficions de 48 h pour devenir expert dans un domaine, parler l’anglais, le russe, le chinois et accessoirement le français. Être sympathique, avenant, affable, mais pas lourd. Remonter des infos, ouvrir des comptes et servir le café. Ce challenge est motivant, mais c’est du foutage de gueule. « Un sucre ou deux dans votre café ? »

Dans le cas inverse, toute la place de Paris connaît les casseroles et votre réputation vous précède dans le milieu de l’ingénierie automobile. Vous souhaiteriez vous refaire une virginité professionnelle et vous refaire déflorer dans un autre secteur. Après tout, cette mobilité est aussi une des marques de fabrique du consulting. On vous l’a vendu lors de l’entretien d’embauche Votre manager vous expliquera que vous être « trop marqué auto » pour pouvoir vous placer ailleurs. Que vous avez trop d’expérience en voiture et aucune dans les autres secteurs. En gros il veut continuer à faire sa marge sur une autre mission plutôt que de vous céder à un manager d’un autre secteur. Autant presser le citron jusqu’au bout. Vous pourrez faire valoir que votre dossier de compétence a été caviardé pour vous vendre dans le secteur de l’automobile et que vous pourriez en faire de même pour le secteur de l’assurance qui vous fascine. Là, votre manager vous expliquera qu’il ne peut encourager ce genre de pratiques. Il vous parlera de déontologie et de respect du client. On dirait un marchand d’armes faire l’apologie des Casques Bleus. Bref, trop peu d’expérience vous dessert, trop d’expérience vous tue… si tel est la volonté de votre manager. Moralité tirez les premiers.

Attention aussi aux promesses des managers. N’oubliez jamais qu’ils ne connaissent rien au métier. « Ecoute Coco, j’ai une mission en or pour toi, c’est un nouvel outil qui va révolutionner le monde. Pour l’instant on ne le trouve qu’en France mais quand ça inondera le marché tu seras THE consultant dans ce domaine. » Depuis, ce vieux consultant peine à cacher ses cinq années d’expérience sur le Minitel, il peine autant à les capitaliser. Son manager a pourtant tout fait « Tu mets à la place que tu travaillais sur internet. – En 1983 ? Tu n’étais même pas né. »

L’inverse est aussi vrai, comme ce consultant souhaitant une formation en C++ et qui la justifie à son manager « Ecoute, une société américaine est en train de créer une plateforme pour des applications. Je souhaite une formation en C++, cela peut être génial pour la boîte, car il y aura de grosses demandes des clients après – Ouais mais ça me dit rien. Continue à faire du Flash. C’est l’avenir. »

Autre point charmant de l’expérience, l’auto-formation. Vous avez rapidement compris que votre manager ne vous proposerait pas les formations que vous souhaitez. Alors vous avez ôté le livre qui calait votre canapé depuis son achat (pour mémoire) et, consciencieusement, le soir vous avez lu, relu, appris et mis en pratique une nouvelle technique, un nouveau langage. Vous avez même développé vos propres applications avec ces connaissances. Vous avez fait figurer cette expérience sur votre dossier de compétences. Arrivé en qualification le client vous demande où vous avez mis en pratique cette connaissance puisqu’elle n’apparaît pas dans vos missions. Pas la peine de bafouiller que depuis trois ans vous passer vos soirées dessus, cette expérience ne vaut plus rien. Dommage !

N’oubliez jamais que le pipe, c’est entre le client et le manager. Entre le manager et le consultant c’est le pipeau. Ce qu’il faut comme expérience, ce n’est pas la votre, c’est celle que votre manager aura vendue au client. Alors vous vous demandez comment se calcule vraiment une expérience, puisqu’il faut tenir compte des missions, de leur durée, de leur intérêt, de vos connaissances, de votre âge. Permettez-nous d’introduire l’équation de Ouf.

L’équation de Ouf a été baptisée ainsi en hommage à Sergeï Anton Vladimir Ouflovitch, génial mathématicien caucasien qui réussit à démontrer que le théorème « 0+0 = la tête à Toto » ne fonctionnait pas en Russie et publia l’ouvrage de référence « Тото голову мою задницу » que l’on pourrait hâtivement traduire par « La tête à Toto, mon cul ! » Donc Sergeï Ouflovitch dit Ouf mis au point un algorithme infaillible pour définir la véritable expérience d’un consultant : Xp=0²(Ax0)-(N²x0) + PM, (A = âge du consultant, N = nombre de mission, PM = pondération du manager).

Devant la fulgurance de son équation et la brillance du résultat, l’Occident fit un pont d’or à Sergeï Ouflovitch. Sergeï mourru lors de son passage à l’Ouest. Pensant escalader le mur de Berlin il se retrouva sur le toit d’un tramway et fini électrocuté par les fils de ce dernier, nous étions en 1995. Le consulting perdait à la fois un grand homme et un gros con. Il aurait fait quinze centimètres de moins il passait sous les fils, sans problème et il aurait lu les journaux il aurait appris que le mur était tombé depuis six ans. En attendant que vous respawniez sur une autre mission, vous verrez, cela ira mieux demain … Game over.

Vos différentes expériences sur votre dossier de compétences

Prochain article : K comme Knockin’ on hell’s door, le 05 mai 2011

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4 commentaires pour X comme Xp

  1. TrouFion dit :

    Très sympatique !

    Je viens malheureusement de me prendre un HS en TK (si tenté qu’il soit de la même équipe) de mon manager car je lui demande une augmentation après avoir appris que mon TJM a enflé de 25% depuis deux mois !

    Domage que IRL, contrairement a IG, on ne puisses pas non plus devenir tellement haineux que l’on passe son temps a tuer ses teamates !

    • ploooooc dit :

      @TrouFion, tu es dans une team et ce qui compte c’est que cette team fasse +25%. Ce n’est pas vrai ? Sinon le marché est tendu la demande supérieure à l’offre, fais-toi +25% sur le salaire en allant voir ailleurs.

  2. Seth dit :

    Consultant = mercenaire, pas de tirs blue-on-blue mais lol, comme si le manager avait ce pouvoir, c’est à celui qui me paie le plus que je ne tirerai pas dessus, tous les autres sans exception auront le droit à leurs HS.

    Vous lisez ce commentaire et vous vous dites : est-il sénile ?
    J’en doute, non pas fort, mais énormément.

    Non, car si cela est un jeu du moins c’est la métaphore employée, alors il reste toujours le côté obscure de la force.
    Côté obscure de la force :
    – DoS (Ou plus communément la réponse du berger à la bergère)
    – DDoS (quand toute l’équipe décide de se mettre Anonymous et de pourrir le manager)
    – man-in-the-middle (client, mon cher client, xD, attention si vous êtes pris sur le fait vous risquez le permaban)
    – Wallshot/Wallhack (pour tout consultant qui se respecte faites jouer l’organigramme informel de façon à griller et SAPer le plus possible votre très cher manager)
    – scarlet-attack (attention c’est contagieux ! Mesdames, montrez leur votre poupon. Nb: marche aussi avec la varicelle, la rougeole, la rubéolle et autres joyeusetés.)
    – God Mode=1 (le blog parlaient des stagiaires/consultantes RH ? Poussons à l’extrême : le meilleur moyen d’enquiller cette bleusaille de manager. Et si le manager a des pouvoirs RH : bah démarcher une de ses homologues de préférence blonde, plantureuse et à qui tout réussit)
    – Reboot (envie de vraiment emmerder votre manger ? Pondez-lui un poussin bleu, un poussin bleu consiste essentiellement en une internalisation)
    – Crash ( équivalent à Box A : « Consultant_en_furie_furieuse_1337 à quitté la partie » suivi de « Consultant_en_furie_furieuse est maintenant connecté au serveur Box B »)

    Quoi je suis infâme ? Vraiment ???

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