K comme Knockin’ on hell’s door

Les plus Dylaniens de nos lecteurs auront remarqué la métamorphose du titre d’une chanson où le Hell remplace le Heaven. Pour les moins Dylaniens, il existe une reprise de cette chanson par les Guns’N Roses (entre autres). Bref pourquoi aller frapper à la porte de l’Enfer au lieu du Paradis ? Dans un blog prétendant présenter la vie des consultants, pour quelle raison aller en enfer et non au paradis. Tel le GI dans la jungle vietnamien, le consultant peut dire : « J’irai au paradis car j’ai connu l’enfer en mission. »

Qui, croyant vivre un bonheur paradisiaque, va découvrir une vie infernale ? Réponse : La consultante, consciente de l’avancée de son horloge biologique. Dans ce billet nous évoquerons la difficulté d’être une femme, une femme enceinte et les joies de la vie de famille inhérentes. Et comme les hommes d’aujourd’hui, sont plus impliqués que les mâles d’hier, nous constaterons que la combinaison des plaisirs familiaux et des contraintes professionnelles sont unisexes.

Consacrer un billet aux femmes, ce serait des coups à recevoir des mises en demeure de la Halde ou des chiennes de gardes. Pourtant elles constituent une vraie spécificité dans les SSII et cabinets de conseil. En effet, une femme, par rapport à un homme, c’est une marge de +25% pour un commercial ! Une femme se paye moins qu’un homme. Une femme c’est aussi +50% de chance de débuter une mission qu’un homme, si on lui demande de dégrafer un bouton, histoire de troubler le priapique client. Une femme c’est surtout l’assurance d’un intérieur bien tenu et de chemises repassées. Nous blaguons mesdames !

Et non, nous n’ouvrons pas nos yeux de poussin du jour. Nous savons que les femmes sont moins bien payées. Mais dans une entreprise du CAC40 c’est moins vrai, les salaires sont basés sur des catégories, des rôles, des fonctions, des grades et non des sexes. Comme chez les fonctionnaires. Pour que la presse fasse ses choux gras des différences de salaire il faut bien qu’elle se pratique ailleurs, chez les SSII et les cabinets de conseil, par exemple.

Nous avons déjà évoqué les marges monstrueuses faites sur des consultants dont les noms ont des consonances exotiques (pour mémoire). Mais pauvres consultantes de couleur. Votre talent ne sera jamais payé à la hauteur de votre qualité. Une femme noire c’est une marge de +50% d’un seul coup. La seule solution, présenter un certificat de ligature des trompes.

Car pour tout manager, une femme est une bombe qui explosera un jour ou l’autre, en lui annonçant qu’elle est enceinte. Et ce n’est pas bon du tout cela. C’est des coups à mettre un terme à une régie, donc à tuer la poule aux œufs d’or. Tout cela pour les histoires d’œufs d’une poule consultante. Mais à +25% du TJM les ovaires, cela donne envie de pratiquer les dons d’organes pour arrondir ses fins de mois.

D’autant que les clients s’y mettent aussi, en entretien de qualification. Ils ne peuvent vous demander de but en blanc si vous avez planifié de pouponner assez prochainement et donc de quitter la mission magnifique qu’ils vous proposent d’intégrer. Alors ils rusent, ils vous regardent en insistant longuement sur votre ventre et vous demandent si vous avez prévu de faire un tour du monde lors de neuf prochains mois… Quelle finesse !

La finesse est pire car le client est conscient que l’on demandera plus à une femme qu’à un homme. Il sait donc qu’il va pouvoir la presser encore un peu plus. La femme sait que la lutte des sexes est latente et qu’elle devra, d’elle-même, faire encore plus qu’un homme. Et dans le cas où la consultante rechignerait, le client demandera au manager de mettre la pression. Et pour 25% de marge, un manager sait mettre la pression. Surtout qu’un manager craint moins de se faire casser la gueule par une femme que par un homme. Bref, mesdames vous allez en baver.

Mais voilà, le temps passe, une partie de votre vingtaine a été engloutie dans les études et quelques missions ; le soir, en rentrant chez vous, quand vous ne comatez pas devant une série policière, vous avez des rêves de descendance. Alors un jour vous oubliez la pilule, sautez sur votre homme et … (ici, nous jetterons un voile pudique sur l’intimité de votre chambre). Ce qui est certain, c’est que trois mois après vous avertissez votre manager : vous êtes enceinte.

Pour information, si l’annonce de cette nouvelle s’est accompagnée de cris de joie dans votre famille, de bouchons de champagne sautant et de l’admiration de vos copines ; préparez-vous à une douche froide avec votre manager. Vous pourriez lui annoncer qu’il en est le père, il ne serait pas moins affolé : « Quoi enceinte, mais tu ne me laisses que six mois pour annoncer cela au client, te trouver un remplaçant et effectuer le transfert d’expérience. C’est de l’inconsciente ma pauvre fille. » De votre côté vous avez commencé à choisir les prénoms, vous passez vos pauses déjeuner à acheter des vêtements d’enfant et vos heures de travail à la recherche d’un mode de garde.

Passez aussi un peu de temps sur les sites relatifs au droit du Travail. Une consultante enceinte dans une SSII est une chose assez rare pour que les managers, les RH et la direction n’aient pas la moindre idée des droits et devoirs qui lui incombent. Nous n’oserions imaginer qu’ils connaissent ces droits et jouent les idiots afin de noyer le poisson. Car il va falloir vous battre pour le moindre de ces acquis. On ne vous cédera rien, il faudra venir chercher votre dû avec les dents.

Il va surtout vous falloir une dose de courage immense. Supporter les remarques du manager et de ses N+1. Supporter les remarques du client. Supporter les transports, debout. Supporter le bruit de l’open space. Et puis un jour vous ne supportez plus, vous allez voir votre médecin et ce dernier, devant vos conditions de travail, vous arrête plus tôt. Remercions ici les médecins plus compréhensifs que bien des managers. Adieux la mission, le backup et les RER. Vive le cocooning.

Quelques mois plus tard…

Un jour, l’arrêt maladie, les six semaines prénatales et les huit semaines post-natales touchent à leurs fins, vous revenez voir votre manager : «
– Tu sais que le client ne t’a pas attendue. Je ne peux pas te repositionner sur la même mission. On a mis UN consultant à ta place. Par contre j’ai pensé à toi et j’ai une super mission pour toi. C’est à [la pire des destinations].
– Mais c’est à trois heures de chez moi.
– Déménage.
– J’ai un enfant à déposer à la crèche le matin et à récupérer chez la nourrice le soir. Ce n’est pas possible.
– La porte est grande ouverte. »

La mort dans l’âme vous emmailloté votre enfant contre la froidure du petit matin pour le déposer telle une voleuse devant les grilles de la crèche. Le soir vous récupérez votre progéniture avec l’amer sentiment qu’il ne vous a jamais vu en plein jour mais toujours éclairée par la lune. Bon d’accord cela fait un peu Les Misérables, mais comme nous pensions que vous n’aviez pas lu Victor Hugo, nous plagiions allégrement.

Votre famille vous presse de faire le second, mais votre décision est prise, vous vous ferez internaliser avant d’envisager de poursuivre la fratrie que vous venez de débuter. Vous voulez, comme votre cliente bénéficier des avantages de ces grands groupes dans lesquels une femme enceinte, entre les congés légaux, les conventions collectives, les RTT, les congés payés, bénéficie de presque une année entière. Certes, son poste et/ou son périmètre auront évolué durant son absence mais pas de risque de se retrouver à l’autre bout de la région et sur de nouvelles fonctions.

Vous voulez pouvoir partir plus tôt pendant votre grossesse sans entendre « Tu as pris une RTT ? – Non j’applique le droit du travail. » Vous voulez bénéficier des avantages du CE. Dans votre SSII ou votre cabinet de conseil, il n’y a rien de prévu. Désolé, des consultants avec enfants c’est rare. Vous voulez l’envoyer en vacances sans être obliger de vous priver des vôtres. Bref, pour vous, comme pour vos enfants, vous souhaitez le meilleur, alors cassez-vous des SSII et cabinet de conseil. Ici on ne compte pas ses heures contrairement aux nourrices.

Dans les SSII et Cabinets de conseil, vous serez comme toutes ces consultantes qui doivent planifier une grossesse en fonction de leur entretien annuel pour être certaines que l’annonce trop rapide de leur future maternité ne va pas amputer leur bonus et autre augmentation. C’est à en être malade.

A propose de maladie, le droit du travail prévoit, des demis journées pour votre enfant malade. Évoquez ce sujet dans votre entreprise et vous constaterez que vous allez créer une jurisprudence. Forcez, tenez bon, le droit du travail est avec vous. Ce droit s’applique aux mères comme aux pères. Quand le petit Kevin en sera à sa troisième gastro-entérite, sa cinquième bronchiolite et sa septième journée de fièvre, que votre douce moitié aura épuisé son stock de demi-journées, de RTT et amputé une large partie de ses congés payés, ce sera à vous, messieurs, de garder le sang de votre sang. Et alors là, bon courage. Si notre monde phallocratie accepte aisément l’absence d’une femme qui garderait ses enfants alités, pour un homme c’est l’opprobre assuré, la honte, les remarques les plus homophobes.

Homme ou femme, expliquez à votre équipe projet et à votre client que vos horaires sont maintenant bouleversés depuis l’arrivée de votre héritier(e) et vous verrez comment l’Acteur Studio apprend à jouer le Narquois. N’oubliez pas que vous êtes consultant. Pas d’horaire. Vous ne comptez pas vos heures. Contrairement à la garderie qui récupère votre enfant à la sortie de l’école de 16h30 à 18h00. Contrairement à la nourrice qui garde le petit de 18h00 à 19h30 et contrairement à la baby-sitter qui assure la transition de 19h30 à votre retour du travail. Un retard, une grève, une réunion qui se prolonge et c’est la valse du portable pour prévenir tout le monde à temps.

Vous noterez la partialité de cet article puisqu’ici nous sommes partis du principe que vous n’avez eu aucune difficulté à trouver le mode de garde de votre bambin. Quant à toutes celles que cet article aurait effrayé, sachez que ce n’est que de l’humour (enfin, nous l’espérons), que la Suisse propose l’IVG jusqu’à 12 semaines et que pour les plus bricoleuses, une paire d’aiguilles à tricoter fait à merveille l’affaire. Sinon, vous verrez, cela ira mieux demain… ou dans neuf mois.

Enfants de la SSII, le jour de gloire est arrivé

Prochain article : G comme GRH, le 10 mai 2011

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2 commentaires pour K comme Knockin’ on hell’s door

  1. ploooooc dit :

    Article du jour sur Rue89.com : Ecartées pour grossesse : avalanche de plaintes à la Halde (http://eco.rue89.com/2011/05/04/ecartees-pour-grossesse-la-halde-croule-sous-les-plaintes-202347).

  2. Consultor dit :

    Le monde de l’aéronautique, et celui des armées notamment, serait-il moins machiste que celui des consultants ?

    Au passage, lorsque j’y étais, dans le public j’ai entendu des remarques à deux balles de gros beaufs… peut-être des « managers » de SSII ? (qui serait évidemment incapables de faire le centième de ce que font ces femmes…)

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