G comme GRH

Que faire quand nous devons traiter un sujet dont nous ignorons presque tout ? Attention, cette ignorance n’est pas due qu’à une flemme certaine de notre part, mais plus à un sujet qui nous semble du ressort du fantasme, des légendes urbaines ; à mi-chemin entre le conte de fées et l’occultisme. Pour se renseigner sur un tel sujet nous utiliserons donc la méthode dite Formation en SSII et Cabinet de conseil.

Donc auto-formation sur Wikipédia. Voici la définition que donne l’encyclopédie en ligne : « La gestion des ressources humaines (la GRH) est un ensemble de pratiques du management ayant pour objectif de mobiliser et développer les ressources humaines pour une plus grande performance de l’organisation.
C’est une activité qui doit tendre à améliorer une communication transversale, tout en faisant respecter l’organigramme de l’entreprise.
La gestion des ressources humaines peut se diviser arbitrairement en deux grandes catégories :
– d’un côté l’administration des ressources humaines (gestion de la paie, droit du travail, contrat de travail, etc).
– de l’autre, le développement des ressources humaines (gestion des carrières, gestion des compétences (GPEC), recrutement (sélection), formation, etc).
La gestion des ressources humaines est enfin co-responsable de la production et du management de la qualité.
 »

Nous voici rassurés, un temps nous avions pensé devoir traiter du sujet dans ce blog relatif à la vie des consultants. Mais rien de ce qui figure dans la définition wikipédienne ne s’applique aux SSII et Cabinets de conseil. Fin de l’article et pour ne pas laisser sur votre faim, voici la recette du bœuf mironton :

Choisir 600 grammes de bœuf (poitrine, collier, macreuse, gîte). Découper la moitié de la viande que vous aurez soin de napper d’un mélange d’oignons blondis au beurre et saupoudrés de farine… Nous constatons que le bœuf mironton ne semble pas enthousiasmer les foules et que vous préférez encore parler du sujet de la GRH.

La GRH cela vous dit vaguement quelque chose, pourtant, vous ne savez plus où vous avez entendu parler de cela. C’était en rapport avec votre SSII ou Cabinet de conseil, pourtant en aucun cas lié à la gestion ou l’évolution de votre carrière. Mais oui c’est bien sûr ! Souvenez-vous du passage du Yéti. Souvenez-vous de ce déjeuner d’affaire que vous aviez passé ensemble (pour mémoire).

Une fois engloutie l’entrée et les sujets de conversation professionnels, vous n’aviez plus grand chose à vous dire. Ne souhaitant pas vous étendre sur vous-même, vous aviez laissé votre manager divaguer. Il était fatigué et s’en était ouvert auprès de vous : « Putain, ce week end on s’est mis une de ces mines, je ne te raconte pas. Avec les collègues on a tisé comme des furieux. C’était le week end groupe pour les managers. On est parti à Marrakech tous frais payés. L’avion, rien que pour nous. L’hôtel, rien que pour nous. Le bar, rien que pour nous. Il y avait un thème, parce que sinon la boîte ne peut pas organiser ce genre de week end, c’était : La gestion de carrière des consultants. Tu parles comme on s’en fout. Par contre il y avait les filles des RH. Putain, elles sont bonnes ! Bonnes, chaudes et pas farouches. Bref comme on les aime… » Nous comprenons que les propos qui précédent peuvent, surtout après un billet sur les affres de la vie de femme dans une société de conseil (pour mémoire), choquer un peu. Notez qu’à part la destination tout est totalement vrai…

« … moi c’est bien simple, le temps du week end, je me suis serré tout le Service Paye. Oh l’ambiance, je ne te raconte même pas. » Il ne le racontera pas non plus à sa femme qui,  week end professionnel oblige, n’était pas conviée.

Quand nous évoquions la GRH comme un fantasme, nous ne pensions pas qu’il s’agissait de celui de notre manager. La GRH existe donc, reprenons la définition de Wikipédia pour vérifier si elle coïncide avec les SSII et Cabinets de conseil.

« La gestion des ressources humaines (la GRH) est un ensemble de pratiques du management ayant pour objectif de mobiliser et développer les ressources humaines pour une plus grande performance de l’organisation ». Développer et mobiliser les ressources humaines pour performer sur l’organisation. Est-ce que le synonyme du mot organisation est pognon ? Parce qu’en matière de management les SSII et Cabinets de conseil ne peuvent appliquer cette définition. Rappelons qu’elles ne croisent leurs salariés qu’une fois par an et uniquement parce que la loi les y oblige. Le consulting ne chercher pas à mobiliser ou développer son personnel. Il est trop occupé à compter la marge des TJM. Donc, FAIL !

« C’est une activité qui doit tendre à améliorer une communication transversale, tout en faisant respecter l’organigramme de l’entreprise. » Nous avons raillé, souvent, les réorganisations chez le client, nous pourrions nous moquer de celles des SSII et Cabinets de conseil. Chez le client, Radio-Consultant permet d’être rapidement prévenu d’une réorganisation. Dans votre SSII ou Cabinet de conseil vous l’apprenez un fois l’an quand la personne chargée de vous faire passer votre EAI se présente. A l’exception des encarts publicitaires pour les salons professionnels, la communication dans le consulting vaut celle de l’armée : La Grande Muette. Donc, FAIL !

« La gestion des ressources humaines peut se diviser arbitrairement en deux grandes categories :
– d’un côté l’administration des ressources humaines (gestion de la paie, droit du travail, contrat de travail etc…)
 ». Nous en reparlerons un peu plus bas mais la paie est souvent externalisée et/ou sous-traitée. Pour le droit du travail et les contrats inhérents, nous vous laissons consulter le greffe de votre tribunal des prud’hommes le plus proche. Dans le consulting il n’y a pas de droit du travail, il n’y a que des jurisprudences.
« – de l’autre, le développement des ressources humaines (gestion des carrières, gestion des compétences (GPEC), recrutement (sélection), formation etc…) ». Alors cette partie là des RH doit être des emplois fictifs. Mis à part le recrutement sur lequel nous reviendrons, aussi, plus loin, tout le reste est largement inconnu. Une carrière ne se bâtit pas dans le consulting. Les compétences sont apprises sur le tas. Quant à la formation, vous n’avez pas eu votre entretien annuel dernièrement ? Alors attendez ou relisez (pour mémoire). Donc, DOUBLE FAIL !

« La gestion des ressources humaines est enfin co-responsable de la production et du management de la qualité ». Pas de risque. Qualité et Responsabilité sont des mots inconnus dans le monde du manager. Un manager est coupable mais pas responsable. Nous vous rappelons que pour vous octroyer une augmentation de 2% il doit en référer à trois ou quatre de ses supérieurs. Il n’a aucune responsabilité. Vous êtes sur une mission de merde : « Je ne suis pas responsable, tu n’as pas dû bien comprendre le besoin du client lors de la qualification. » Quant à la Qualité, des salles cradingues, aux templates tout pourris, en passant par le suivi en mission, vous vous interrogez sur l’endroit où elle se cache dans une SSII. Donc, FINAL FAIL !

Et voici la preuve qu’il ne faut pas prendre les écrits de Wikipédia pour parole d’évangile. Vous l’aurez compris, la transposition d’une définition de la GRH ne s’applique pas très bien aux SSII et Cabinets de conseil.

Des RH, il reste cette stagiaire qui vous avez reçu. 20 ans à tout casser, une jupe qui avait la grâce de remonter là où s’arrêtait son décolleté : « Bonjour je m’appelle Samantha, je suis chargée du recrutement et de vous présenter [boîte de votre choix]. Alors notre entreprise est magnifique, c’est la plus belle, la plus grande, la plus grosse, la plus mieux partout dans tous les domaines, celle que préfère nos clients… »

Sachez que Samantha, stagiaire RH, coûte beaucoup moins cher qu’un écran plat et son physique plus en formes que la platitude plasmatique émoustille les managers. C’est le but de sa présence, sinon les consultants pourraient tout à fait être enfermés dans une salle à regarder un film d’entreprise, ce serait pareil. Mais il faut vendre du rêve, quitte à user des moyens les plus bas et les plus éculés.

« Donc voilà pour la présentation, maintenant je vous laisse avec M Michu notre manager tertiaire. » A cet instant commence votre premier entretien d’embauche mais se termine aussi votre relation avec la GRH. Vous recevrez un mail après signature de votre contrat pour fournir des documents nécessaires à la finalisation de votre entrée dans la boîte et vous recroiserez Samantha, ou son clone, quand vous viendrez chercher votre solde de tout compte. Fin de l’épisode GRH.

Gros balourds ! Vous avez vraiment cru le manager quand il parlait d’un entretien semestriel avec les RH sur votre évolution de carrière ? L’évolution de votre carrière c’est le manager. Votre envie de formation, c’est le manager. La paye, les compétences, le droit du travail, c’est toujours votre manager.

« Menteurs ! » Nous entendons d’ici les reproches de quelques consultants : « Nous avons des RH que nous rencontrons semestriellement pour faire un point sur nos désirs d’évolutions, nos formations et nos missions. » Et vous avez eu des formations ? Vos désirs d’évolutions ont été comblés ? Si vous étiez vraiment sur des missions prenantes vous ne perdriez pas votre temps à lire des bêtises sur le net.

Mais le pire avec les RH est toujours source de mille plaisirs. Car même sur le secteur des Ressources Humaines vous avez des SSII et des Cabinets de conseil. Peut-être que dans votre entreprise les RH sont des consultants. Des consultants venus d’une autre boîte car en interne le TJM était encore trop cher. Il faut recentrer l’activité sur le cœur de cible de la marque. Les RH sont des frais généraux, alors externalisations. Comme on externalise tout, les fleurs, les hôtesses ou les consultants. Encore un effort et une entreprise en France ce sera un directeur général et un consultant pour lui consolider des rapports Excel qu’il distribuera à ses actionnaires. Un nom, un homme, une entreprise. N’est-ce pas merveilleux !

Afin de prévenir les remarques, jugeant ce blog toujours prompt à plonger sa plume dans le vitriol et à ne regarder la vie des consultants qu’à travers le prisme du sarcasme et la loupe du cynisme, nous vous invitons à associer les mots RH et SSII sur n’importe quel moteur de rechercher. C’était notre conseil Amuse-toi avec Google au lieu de lire VDM, tu vas bien rigoler. Pour les consultants disposant d’un peu de temps nous vous indiquons ce Mémoire sur l’optimisation des recrutements et la pérennité des collaborateurs dans les SSII (ici). Pour les autres dont l’emploi du temps est plus chargé nous vous encourageons à lire cet article, plus concis, sur la gestion RH à court terme dans les SSII (). L’article date de … 2002. Tout change, rien ne change, mais empire. Contre-attaquez ! Vous verrez, cela ira mieux demain.

Radeau des radasses de la RH

Prochain article : Y comme You’re great, le 15 mai 2011

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6 commentaires pour G comme GRH

  1. Consultor dit :

    La présentation des RH de ce billet est très réaliste, mais mérite d’être complétée.

    En effet, dans les SSII se limitant à la régie, la rotation des effectifs est telle que le stock de consultants se renouvelle naturellement en l’espace de quelques mois.

    En revanche, dans les SSII réalisant de l’intégration de systèmes au forfait ou de l’infogérance, cela peut être une autre histoire. Soulignons ce que travailler dans ce type de société entraîne généralement le cumul des inconvénients des SSII et des entreprises clientes, sans pour autant inclure les avantages des sociétés clientes.

    Donc, dans cette variante de SSII peut apparaître un type de RH différent des affriolantes jeunes femmes auxquelles on pense naturellement. Je désignerai ce type de RH sous le nom de Dark VadoRH

    Dark VadoRH apparaît lorsque la situation économique est en train de se retourner. Il est alors mandaté par la Fédération du Commerce des consultants pour faire le « ménage », c’est-à-dire faire sortir le maximum d’effectifs en prenant surtout garde de ne jamais avoir recours à un plan social qui accorderait trop d’avantages aux consultants remerciés.

    Sa tâche est facilitée par l’individualisme outrancier qui est savamment cultivé dans ces entreprises. Même si Maître Yoda tente d’avertir la population par un « En grand danger, vous êtes ! » il ne sera hélas pas entendu. La légende dit qu’un jour, alors qu’un Seigneur Sith de la Fédération du Commerce des consultants fit applaudir à tout rompre par une immense assemblée de consultants les vertus de l’individualisme, une jeune consultante dans la foule murmura : « Ainsi s’éteint la liberté, sous une pluie d’applaudissements ! »

    Si Dark VadoRH ne possède ni casque à larges rebords, ni longue cape noire, ni masque étrange, il reste relativement facile à identifier. En gros, c’est généralement un individu de sexe masculin, ayant le même regard bovin que les managers auquel il ressemble comme un clone. C’est pourquoi, lorsque Dark VadoRH et un manager fondent sur un malheureux consultant, cette opération est appelée L’attaque des clones.

    Notons aussi que contrairement à Anakin Skywalker, DarkVadoRH, lui, a toujours vécu du Côté Obscur. Lorsqu’il était encore apprenti, Dark VadoRH a notamment appris comment ne jamais associer le mot « licenciement » d’une part, avec « cause réelle et sérieuse » d’autre part.

    Dark VadoRH s’évertuera alors à procéder à des licenciements « individuels » en prenant soin de faire en sorte que le malheureux consultant ne se fasse pas assister, et en ne lui versant que le minimum en termes d’indemnités.

    Et hélas, ni Obi-Wan Kenobi ni aucun Chevalier Jedi ne sera à même de secourir la victime. Seule une mobilisation massive des consultants de l’entreprise pourrait peut-être faire reculer Dark VadoRH.

    Mais avec l’individualisme ambiant, Dark VadoRH joue sur du velours et a encore de beaux jours devant lui…

    • ploooooc dit :

      @Consultor, en cette douce journée de printemps nous ne souhaitions pas assombrir notre billet. Cette précision est très juste et en appelle une autre. Dans les bonnes grosses sociétés de marchands de viande, il n’est pas rare que le cours du kilo de consultant finisse par devenir trop élevé. La viande risquant de se gâter on fait parfois appel aux bouchers spécialisés évoqués par Consultor.

      Mais très souvent les viandards organisent des holocaustes (au sens de sacrifice animal). Un sacrifice de masse permet de se débarrasser d’un lot de viande avariée, donc de remonter le cours de son action. Le côté « massif » assure un minimum de bienséance dans le traitement de la viande. On lui accorde un peu plus que le minimum légal. Et bien que croyez-vous qu’il arrive dans ces cas là ? On refuse du monde à l’entrée des abattoirs. Et oui, 9% de chômage, la crise partout et des consultants qui se battent pour se barrer.

      C’est dire si le milieu est sain.

  2. Raymond dit :

    Le licenciement pour cause réelle et sérieuse est une technique bien rodée des services RH de SSII. Elle sert surtout a évacué les personnes trop habiles à comprendre rapidement le système.

  3. Aujourd’hui, l’activité humaine est la seule à créer réellement de la valeur. La différence entre une entreprise performante et une autre non performante se sont les hommes, leur créativité, leur exaltation. Tout le reste peut s’acheter, ou même s’apprendre. Toute décision en matière de gestion de ressources humaines a donc des répercussions sur la vie de l’entreprise.

    Merci pour l’article!

  4. molusc dit :

    Bonjour,
    il me semble particulièrement important de dénoncer l’incroyable inexactitude, le parti pris scandaleux et l’intolérable fausseté de ce billet !
    Effectivement, ce ne sont pas les oignons, mais bien la viande qui doit être saupoudrée de farine !

    Je reconnais néanmoins au rédacteur le fait qu’il ai parfaitement raison concernant le point suivant, les oignons doivent êtres dorés au beurre et pas à l’huile, fut-elle d’olive, quoiqu’en disent certains habitants des régions les plus méridionales – sont-ce seulement des êtres ces idiots ci – qui ajoutent au mauvais goût évident de pratiquer la pétanque de façon sérieuse, celui d’ignorer le rôle élémentaire du beurre dans le dorage de l’oignon !

    • ploooooc dit :

      La recette était tirée du De re coquinaria d’Apicius.
      Mais après des années comme consultant, l’étrange impression de toujours nous faire beurrer l’oignon, de n’être qu’un bout de viande et d’être roulés dans la farine. Alors est-ce l’oignon ou la viande dans la farine…
      Nous laissons la réponse à la sagesse culinaire d’Apicius.

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