Z comme Zen & Zanzibar

Le monde du consulting se divise en deux catégories : « ceux qui ont un flingue et ceux qui creusent. » Et nous avons le flingue. Pardon, mauvaise réplique. Le monde du consulting se divise en deux catégories : « ceux qui sont Zen et ceux qui rêvent de Zanzibar. »

La notion de Zen parlera même aux plus cons des consultants. Thé vert, encens, magasins Nature & Découvertes, prophéties bouddhistes et amour tantrique. La notion relative à un archipel tanzanien de l’océan indien ne risque pas d’être très explicite pour les autres. Zanzibar c’est le voyage, l’au-delà, l’ailleurs, le rêve lointain, la recherche perpétuelle, l’inaccessible étoile. Le but ultime de la quête de soi dans le livre éponyme d’Alfred Andersch.

Alors maintenant pour définir si vous êtes plutôt un consultant Zen ou un consultant Zanzibar, voici un petit questionnaire :

1 – Nous sommes fiers d’être consultant et toi ?
a) Moi aussi, je travaille pour les plus grands, ainsi je deviendrai moi aussi un grand. En plus c’est la crise, alors il ne faut pas se plaindre de son travail. Il ne faut pas cracher dans la soupe.
b) Je ne travaille que pour ceux qui peuvent payer, les autres peuvent crever. Ceux sont les plus grands qui maintiennent cet esprit de crise pour leurs plus grands bénéfices. Quant à « cracher dans la soupe », c’est une expression de patron.

2 – SSII et Cabinet de conseil ?
a) Des entreprises qui n’embauchent que des noirs et des arabes, il faut saluer ce courage. En plus elles offrent la diversité et des opportunités intéressantes dans le travail.
b) Des marchands de viande pour qui seule la marge compte. De l’intérim de luxe. Un suivi inexistant.

3 – Votre manager ?
a) Il travaille tellement. Il se démène pour nous proposer toujours de meilleures missions, de plus intéressants projets. C’est un peu facile de lui reprocher son manque de disponible pour nous.
b) Qui ?

4 – Le prestige de votre client ?
a) C’est génial, je suis tellement heureux de travailler pour [votre client]. Quelle belle plus-value sur mon CV.
b) Je fais le travaille d’un interne mais je coûte moins cher. Je ne dispose d’aucun de ses avantages. Je suis corvéable et taillable à merci. Tout bénéf… pour le client.

5 – L’intérêt de votre mission ?
a) C’est fantastique, je fais des trucs de ouf sur PowerPoint. J’utilise même les fonctions sous Excel et je suis objectivé sur la maîtrise des styles dans Word.
b) Je suis moins cher que le développement d’une macro sous Excel.

6 – Et dans dix ans vous vous voyez où ?
a) Chef de projet.
b) A tenir un B&B à Varanasis ou pendu dans les chiottes du client.

7 – Pourquoi être devenu consultant ?
a) Tout petit déjà, je rêvais de manager, d’avoir le lead sur des projets intéressants et un badge avec ma photo dessus. Je suis certain que d’ici douze ou treize missions ce sera le cas
b) Vous connaissez d’autres entreprises qui embauchent ?

8 – La durée de votre mission ?
a) C’est parfait, cela permet de monter en compétence, d’apprendre, de tisser mon réseau.
b) Je suis en régie. Tous les jours 500 euros tombent dans la cagnotte de ma boîte. Vous pensez bien que mes états d’âmes…

9 – Investissement dans les projets internes de votre SSII ou Cabinet de conseil ?
a) C’est normal que j’aide mon entreprise à rester compétitif. La pierre de chacun permet de bâtir le grand édifice de ma SSII.
b) Bien sûr, quand ils viendront repasser mes chemises, garder les mômes et faire le ménage chez moi. Chacun son boulot.

10 – Votre métier par rapport aux autres ?
a) J’évite d’en parler trop, je dis juste que je suis dans le conseil. Et sans me vanter, je vois briller dans leur regard admiration et envie.
b) Mon père m’a demandé de changer de nom pour exercer ce passe-temps. Il espère que je retrouve un jour la raison. Ma mère est sous médicaments depuis qu’elle sait que j’ai fait Maths Sup, Maths Spé pour finir par rédiger des comptes-rendus sous Word.

11 – Ne pas rencontrer régulièrement sa hiérarchie, cela vous pose un problème ?
a) Je suis cadre, j’assume et je trouve qu’une réponse par mail au bout de cinq à six mois c’est convenable. N’oublions pas que les managers ne sont pas des responsables de Ressources Humaines.
b) Ma hiérarchie ?! Chez le client, je ne suis rien et c’est réciproque. Mon manager n’est pas ma hiérarchie, c’est une tirelire en costume. Les consultants sont devenus des demis anarchistes qui travaillent sans maître et des anarchistes complets pour les athées.

12 – Votre salaire vous semble-t-il normal ?
a) Oui, je me lève tôt, je travaille plus que les français pour gagner plus que les français. Je trouve juste scandaleux le taux d’imposition et envisage de partir travailler à Londres.
b) Indécent au vue des responsabilités. Scandaleux au vue du salaire moyen des français. Lamentable au vue du prix de l’immobilier.

13 – Et votre famille dans tout ça ?
a) Ma moitié est dans le consulting, le soir nous comparons nos specs. Nous attendons un heureux événement. Si c’est un garçon nous l’appellerons Forfait et si c’est une fille ce sera Régie.
b) Ma moitié n’est pas dans le consulting et je ne lui raconte pas mes journées pour ne pas l’effrayer et parce qu’elle ne me croirait pas.

14 – Vos relations avec les membres de votre équipe ?
a) Il n’y a pas de barrière entre les consultants et les internes qui forment le reste de l’équipe, tout le monde fait le même travail.
b) Il n’y a pas de barrière entre les consultants et les internes qui forment le reste de l’équipe, tout le monde fait le même travail. Les internes doivent juste caser dans leurs horaires, deux semaines de congés et 15 RTT en plus que les prestataires.

15 – Votre meilleur souvenir sur votre mission ?
a) Tous, une minute en mission c’est une minute de bonheur.
b) Les trente premiers jours où l’on découvre le projet. Après ce n’est que de la répétition.

16 – Votre pire souvenir sur votre mission ?
a) Aucun ou peut-être le week-end car je ne suis pas en mission.
b) Le trente et unième jour et les suivants pendant trois ans.

17 – Demain votre client vous propose de rejoindre en interne ses équipes ?
a) Je ne pense pas que ce serait une très bonne idée vis-à-vis de ma SSII et puis j’y suis tellement heureux en mission.
b) J’ai longtemps rêvé de cela. Mais aujourd’hui j’ai comme un doute. Une impression de vacuité.

18 – Le Petit Lexique Officieux du consultant, vous connaissez ?
a) Non, encore un de ces blogs de bobos toujours à se plaindre. Je travaille et je n’ai pas de temps à perdre sur internet. Ce n’est pas en geignant sur son petit nombril que le monde changera.
b) Oui, celui-ci et d’autres. Il doit s’en créer un par jour et personne ne réagit, à croire que les managers ne lisent que les sites de l’Equipe et l’Argus. Être à se point éloigné de la réalité, cela frise le talent.

19 – Un conseil pour les personnes qui voudraient faire le même métier que vous ?
a) Venez ! Mais venez dans ma boîte. Afin que je puisse vous coopter et gagner encore plus.
b) Fuyez ! Mais comme il n’y a que ça comme boulot, consultez un psy pour apprendre à travailler sur la résilience.

Vous avez autant de réponses A que de réponses B : Bravo, le nombre de questions étant impair, soit vous en avez oublié une, soit vous êtes un manager. C’était un piège, vous êtes démasqué.

Vous avez un maximum de réponses A : Vous êtes le consultant Zen, pour vous tout va bien, la vie est belle, vous faites le plus beau métier du monde. Vous affrontez la vie avec un optimisme, ou une naïveté, qui fait l’admiration, ou frôle la bêtise. Ne changez strictement rien. D’ailleurs vous vous en fichez puisque vous ne perdez pas votre temps sur des blogs de gauchistes bobos toujours à se plaindre. Fonce petit consultant, le hochet de chef de projet est agité devant ton nez par ton commercial.

Vous avez un maximum de réponses B : Vous êtes le consultant Zanzibar. Vous avez longtemps cru que la mission prochaine serait bien mieux que la précédente, mais vous savez que tout cela est archi faux. Vous affrontez la vie avec un pessimisme, ou une objectivité, qui fait l’admiration, ou frôle la bêtise. Ne changez strictement rien. Continuez à lire les blogs et les articles relatifs au mécontentement des consultants. Cela ne sert finalement à rien mais réjouit de savoir que nous ne sommes pas seuls. Fonce petit consultant, l’économie va dans le mur et tu es en tête de wagon. Vous verrez, cela ira mieux demain.

Zanzibar ? Deuxième à droite et première à gauche.

Prochain article : L comme Ligne, 30 mai 2011

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Un commentaire pour Z comme Zen & Zanzibar

  1. Le consultant réveillé dit :

    Il y a aussi des zanzibar zen, ce sont ceux qui ont bien compris les règles du « jeu » et qui se débrouillent pour en tirer le maximum (niveau salaire surtout). On peut les reconnaitre au turnover très important (changement pratiquement chaque année).

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