B comme Backup

Reprenons là où nous vous avions laissé lors du dernier billet : vous annonciez à votre client et votre manager que vous quittiez votre SSII ou Cabinet de conseil et donc votre client et sa mirifique mission. Vous avez même signalé que cela correspondait à la fin de votre projet afin de ne pas impacter le bon déroulement du travail pour votre client et la bonne réputation de votre entreprise pour votre manager. Quelle abnégation ! Nous vous retrouvons bien là.

Vos calculs sont ainsi faits que vous devriez vous en tirer à bon compte en vous exonérant d’une bonne partie des jours que vous devriez faire en période de préavis. C’était sans compter sur le jeu préféré du client et du commercial, le fameux je te tiens, tu me tiens.

En fin de mission ce jeu se concrétise avec le non moins fameux backup. Le backup ??? Ce n’est ni une boîte tendance, ni un logiciel à la mode. Le backup c’est tout simplement l’arnaque envers les consultants.

Revenez un peu en arrière, quand vous êtes arrivé sur cette mission. Le client vous a laissé un powerpoint et trois heures pour être efficient sur la mission : « Tu comprends qu’au prix où l’on te paye, il faut que tu sois pro-actif et opérationnel de suite. » De son côté le commercial vous avez laissé Wikipédia et trois heures pour être efficace sur la mission : « Tu comprends qu’au prix où ils te payent, il faut que tu sois pro-actif et opérationnel de suite. » Ce qui était certain c’est qu’un maximum d’argent tournoyait autour de vous, dont vous ne verriez pas le début du quart de la moitié. Et beaucoup de monde comptait sur votre pro-activité.

Alors muni de votre b*te et de votre couteau, dès le deuxième jour vous affrontiez une réunion avec la MOA ou la MOE et leurs dizaines de questions auxquelles vous deviez apporter autant de réponses dans l’heure. Le troisième jour vous deviez faire une présentation au big board et le quatrième jour vous arpentiez la jungle des serveurs pour comprendre comment fonctionner l’entreprise dans laquelle vous étiez arrivé nouvellement en mission. Tout ceci a été bien mieux décrit dans un autre post (pour mémoire)

A votre arrivée, ni tapis rouge, ni trompette, ni tambour. Le transfert de connaissance se réduisait à un transfert de mails et en avant la pro-activité. Mais à votre départ les plus intelligents des clients ; vous nous direz que cela ne fait pas grand monde sur la place ; donc ce petit cénacle conscient de la perte de savoir que va engendrer votre départ, vous demande de former un remplaçant.

A vous les organes génitaux et les outils de cuisine pour débuter une mission et à votre remplaçant une période de présentation et de formation. C’est dégueulasse mais prenez cela pour un compliment, vous étiez plus intelligent que votre remplaçant, votre formation n’était pas nécessaire. Vous avez des dons de pédagogue que ne possédait pas votre prédécesseur. Vous avez acquis un vrai savoir à transmettre au lieu de le perdre.

Eh, messieurs les plus intelligents des clients, au lieu de perdre cette connaissance, pourquoi ne pas l’embaucher ??? Au lieu de cela vous allez laisser une ressource externe à l’entreprise en former un autre sans que vous n’ayez le moindre droit de regard sur ce que le partant dira à l’arrivant. Vous êtes kamikazes par vocation ou nouvellement convertis ?

D’autant qu’il incombe de rapidement calmer le client. Ce dernier va vous dire que votre transfert de compétences doit durer deux mois compte tenu de la qualité de la mission sur laquelle vous étiez et de l’importance du poste que vous occupiez. C’est deux mois de trop pensez-vous. D’autant que vous savez que votre prochain poste vous attend dans trois semaines. Ne répondez pas que si votre successeur maîtrise Excel et Powerpoint le transfert peut ne durer que 2 heures compte tenu de la réalité de la mission sur laquelle vous étiez. Laissez ces discussions de marchands de tapis au commercial, pour une fois qu’il travaillera.

Car vous aurez compris que le client ne voulait pas votre départ, que cela est un coup terrible pour lui, le projet et l’entreprise et qu’en contrepartie de la peine que votre absence provoquera chez lui, il demandera à votre SSII ou votre cabinet de conseil de lui fournir un salarié qui sera formé par vos soins. La période de formation étant gracieusement offerte à l’entreprise par votre SSII ou votre cabinet de conseil. Il n’y a pas de petites économies dans les grands groupes du CAC 40.

Vous voici donc, pendant les derniers temps de votre mission à chaperonner un autre prestataire. Le client ayant aussi demandé que le transfert de consultant s’accompagne d’une baisse du TJM, votre remplaçant est souvent un junior prêt à mordre la vie professionnelle : « Tu vas voir dans deux ans je dirige la boîte tellement je suis bon. » Alors lui, vous pouvez lui réserver un traitement de faveur. Après tout vous pouvez être un excellent consultant est un piètre formateur.

Car en effet, comment accueillir ce nouveau ? S’il est de votre SSII, devez-vous une fraternisation particulière ? S’il est d’une autre SSII, faut-il lui briser les rotules dans l’ascenseur ? Au-delà de l’amertume de le voir bénéficier d’une formation que vous n’avez pas eu, à quel moment vous stoppez votre transfert de connaissance et entrez dans les potins, cancans et autres médisances ?

Lui indiquer que la fille du septième, qui fait de la qualification, est aussi une spécialiste de l’inflation entre 12h et 14h dans les toilettes, faut-il lui dire ? Lui indiquer que toute la documentation se trouve sur le serveur à telle adresse, faut-il lui dire ? Lui indiquer que le client est un fou furieux qui insulte son écran à longueur de journée et parle à ses équipes comme à des sous-merdes, faut-il lui dire ? Lui indiquer que le projet part en vrilles, que les livrables ne sont plus livrés, les tests plus testés et le développement plus développés, faut-il lui dire ?

Ne faut-il pas lui laisser un peu de surprise ? Un peu de piquant pour sa mission à venir ? Il remarquera bien assez tôt que votre saisie exagérée des lignes projets a creusé un trou inexpliqué de 50j/h qui correspondent à vos deux heures de sieste quotidienne dans une salle oubliée au dernier étage. Il remarquera bien assez tôt que le versionning des documents n’est basés sur aucune suite logique mais sur les deux derniers numéros de portable des managers de votre boîte. Il remarquera bien assez tôt les dossiers pourris que vous avez enfouis au fond de votre boîte mail, d’ailleurs vous ne lui transférerez pas et il l’apprendra sur le tas. Il remarquera assez tôt que sa mission de Management Organisationnelle se réduit en fait à des livraisons de reportings Excel.

Vous lui indiquerez le sacro-saint pot du vendredi midi. Vous l’aidez à obtenir son nouveau badge. Vous lui montrez la cantine, la machine à café et les toilettes. Vous le présenterez à l’équipe projet ; ce qui donnera lieu à des dialogues savoureux : «
– Salut machin, je te présente bidule qui va me remplacer sur le projet.
– Ah bon ? Tu t’en vas ?
– Oui, je pense avoir fait le tour de la question.
– Je te comprends, j’aimerai bien pouvoir faire la même chose, ras-le-bol de cette mission pourrie, de ce client lunatique et des normes projet étouffantes… Au fait tu lui as dit pour la fille du septième entre 12h et 14h… »

Voilà comment après avoir rencontré trois de ses nouveaux collègues votre remplaçant aurait moult questions très concrètes à vous poser. Mais les seules questions qu’un prestataire pose à un autre prestataire concernent les SSII et Cabinet de conseil : « Tu pars où ? », « C’est mieux ? », « J’ai untel comme manager, tu le connais ? On dirait un débile mentale ? », « Tu peux m’en dire plus sur les avantages de la boîte ? », « Et le client c’est vrai qu’il est lunatique ? », « Tu connais un resto qui ressemble à un resto et où l’on ne mange pas pour 15 euros par jour dans le coin ? », « L’ambiance est comment ? », « Il faut arriver à quelle heure ? On peut partir à quelle heure ? » Nous sommes tous pareils. Nous sommes des killers et le projet nous aurons largement le temps de le prendre en main.

Nous ne professerons aucune règle sur le traitement à réserver à votre backup, si ce n’est que nous sommes tous sur le même radeau. Qu’éventuellement sa morgue de jeune loup s’usera sur la lassitude du projet. Les commerciaux et les clients se chargent d’être des chiens avec nous, ne nous comportons pas en loup entre prestataires. Et vous verrez, cela ira mieux demain.

Comme vous l’aurez constaté il s’agit du pénultième article de notre lexique. Alors pour ne pas vous laisser galérer et comme nous l’avons revendiqué plus haut, nous avons notre backup à nous. Nous voulons parler de différents sites, amis ou non qui traitent à leur manière de la vie des consultants, puisqu’il semblerait que vous ayez pris goût à cette lecture.

Les consultantes, les dames d’abord, une version de la vie des consultantes décrite par des femmes, pour des femmes et des hommes.

Blogo Boulot, un esprit que nous aimons beaucoup avec le regard féminin sur le monde du consulting.

Les boîtes de presta, c’est mon dada ! Alors là c’est du lourd, avec en plus un vrai travail de fond sur l’aspect juridique, que nous n’avons que survolé et qui est parfaitement détaillé. Petit presta pour avoir rédigé un article sur le site Eco89 a subi les foudres des personnes qui ne comprennent pas qu’un salarié de SSII puisse se plaindre. A lire pour l’article et les commentaires (ici).

Le Petit Kopat, parce que nous aimons beaucoup le graphisme de son site, ses personnages et son éclectisme.

Parole de presta, le Vie De Merde des consultants, c’est drôle et triste à la fois, mais il est rassurant de savoir que nous ne sommes pas seuls à vivre les mêmes galères professionnelles.

Le blog des prestataires en SSII, le dernier article date de septembre 2010, mais là encore une source de comparaison et d’amusement.

Les perles des SSII, site en version bêta que nous espérons rapidement voir en vesion finale.

Le blog de la boutique du consultant et pas uniquement parce qu’ils ont de splendides mugs, mais aussi parce que le blog est tout nouveau et malheureusement plein d’avenir.

Notre liste n’est, bien sûr, pas exhaustive et nous vous laissons proposer d’autres sites à faire figurer et faire partager. Et vous verrez, cela ira mieux http://www.demain.com.

Et voici le backup du Titanic

Prochain article : T comme Terminus, 25 juin 2011

Publicités
Cet article a été publié dans Le blog's Ploc. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s