K comme KPI (franglais)

Aujourd’hui testez votre degré de prestatairitude en lisant le mail suivant :

De : client@entreprise.fr
Envoyé : vendredi 18 février 2011 23:49
À : prestataire(SSII)@externe-entreprise.fr
Objet : break

Hello,

Un petit mail avant mon départ en vacances. Pendant mon absence je te laisse le lead sur le projet. Il faudrait que tu challenges les stakeholders lors des steering comittee et des call conf. Les KPI sont très mauvais sur notre supply chain et notre CRM est bull shit. La gestion des suppliers est à revoir, ils doivent travailler leur staffing sinon c’est l’outsourcing. Si nécessaire, tu mets en places un workshop pour régler le problème des streams. Si le problème perdure tu vois avec le team leader (mon deputy) comment une taskforce pourrait solutionner le problème des datas procurements. Il faut qu’ils aient une véritable action bottom up sinon le go / no go ne sera jamais donné. Les User Acceptance Testings sont merdiques.

Je te rappelle l’esprit top/down de l’entreprise sur la Quality. Si nous ne sommes pas on time, on scope, on budget et on quality sur le prochain milestone, ils acteront un nearshoring, voir même un offshoring, des développements. Le return on investment est déplorable, les dead lines ne sont pas respectées, le reporting n’est pas effectué, même les ID de tâches ne sont pas tenus. Il est hors de question que ma Business Unit se fasse allumer de la sorte et que je me retrouve à manager le datacenter de Plourégnan-sur-Loire.

Si tu es over booké, rapproche-toi du project management office, ils pourront te coacher sur le planning. Un refresh des process semble nécessaire. Ils disposent de toute une doc au format Word et PowerPoint. Ils peuvent te faire un extract Access de la base. Tu pluggues un RDV dans Outlook. Ils sont assez pro-actifs et restent un input important des datas.

Je te rappelle que nous avons un point à 9h le jour de mon retour avec le Master Blackbelt, je te forwarde son mail, tu checkeras les tiens, il vient d’arriver.

Bonnes vacances

Best regards,

____________________________________________

Monsieur Le Client
Service Gestion de Projet avec que des prestats
client@entreprise.fr
Tel. : +33 1 47 47 47 47

Si vous avez compris l’ensemble du mail sans la moindre difficulté, le diagnostique est définitif, vous êtes gravement atteint. Il ne vous reste plus que quelques jours avant la prestataironite aigüe. Greffez-vous directement votre smartphone dans l’oreille interne ; en sous-cutanée, vous pouvez introduire le clavier de votre ordinateur portable et vous glissez la clé 3G là où il vous restera de la place. La Faculté ne peut plus rien pour vous, il vous reste la Foi.

Vous connaissez notre rôle de Saint-Bernard du Conseil, nous voulons vous aider. Nous n’allons pas vous laisser sur le bord de la route le visage purulent de plaies d’où s’échappent un franglais de mauvaise tenu déformant à jamais votre joli visage, jadis poupon et tout juste sorti des affres d’une adolescence acnéide difficile. Lisez donc le mail suivant :

De : client@entreprise.fr
Envoyé : vendredi 18 février 2011 23:49
À : prestataire(SSII)@externe-entreprise.fr
Objet : Une pause

Salut,

Un petit mail avant mon départ en vacances. Pendant mon absence je te laisse gérer le projet. Il faudrait que tu émulsionnes les parties prenantes lors des comités directeurs et des conférences téléphoniques. Les indicateurs clés de performance sont très mauvais sur notre chaîne logistique et notre gestion de la relation client est crotte de taureau. La gestion des fournisseurs est à revoir, ils doivent revoir leur gestion d’équipe sinon ce sera gérer à l’extérieur. Si nécessaire, tu mets en places un atelier de travail pour régler le problème des flux. Si le problème perdure tu vois avec le responsable d’équipe (mon adjoint) comment une équipe dédiée pourrait être force de proposition sur le problème des acquisitions de données. Il faut qu’ils aient une véritable action du bas vers le haut sinon l’acceptation ou le refus de suite à donner ne sera jamais validé. Les tests d’acceptation par les utilisateurs sont merdiques.

Je te rappelle l’esprit du haut vers le bas de l’entreprise sur la Qualité. Si nous ne respectons pas les délais du projet, la volumétrie du périmètre, le budget initial et la qualité livrée sur le prochain jalon, ils acteront un transfert en Europe de l’Est ou en Inde des développements. Le retour sur investissement est déplorable, les lignes mortes ne sont pas respectées, le bilan de passage n’est pas effectué, même les identifiants des tâches ne sont pas tenus. Il est hors de question que mon unité de travail se fasse allumer de la sorte et que je me retrouve à gérer un centre de données à Plourégnan-sur-Loire.

Si tu as trop de travail, rapproche-toi du bureau de gestion des projets, ils pourront te former sur le calendrier. Un rappel des procédures semble nécessaire. Ils disposent de toute une documentation au format Mot et Pouvoir-du-Point. Ils peuvent te faire une extraction accès de la base. Tu fixes un RDV dans En-dehors-du-regard. Ils sont assez pro- actifs et restent un point d’entrée important des données.

Je te rappelle que nous avons un point à 9h le jour de mon retour avec le Maître Ceinture-Noire, je te transferts son mail, tu vérifies les tiens, il vient d’arriver.

Bonnes vacances

Bien cordialement,

____________________________________________

Monsieur Le Client
Service Gestion de Projet avec que des prestats
client@entreprise.fr
Tel. : +33 1 47 47 47 47

Si vous avez compris l’ensemble du mail sans la moindre difficulté, le diagnostique est tout aussi définitif, vous êtes québécois. La Faculté ne peut plus rien pour vous non plus, il vous reste la Foi et/ou Céline Dion.

Comme pour les normes (pour mémoire), il est difficile de savoir si c’est le client qui veut se la jouer djeunes et moderne en truffant sa logorrhée de perles anglaises ou si l’afflux de consultants polyglottes a favorisé ce franglais. C’est de plus en plus dur tous les jours pour la pauvre madame Michu du service comptabilité qui se fait traduire par son petit personnel ses prestataires, les demandes de ses supérieurs.

Il est certain que le snobisme du consultant ne joue pas en notre faveur et que l’on frôle souvent la vandammerie : « Non moi je ne suis pas pour le franglais, c’est trop old school ! », « Machin me racontait un truc de développeur mais tu peux pas comprendre c’est une private joke ! », « Comment on dit déjà en français, stapler ? J’suis trop bilingue … à oui … tu peux me passer … l’agrafeuse ! », « Oh did you say ham-butter ? … yes, un sandwich jambon-beurre et un café, please. »

Le franglais est maintenant tellement dans les mœurs que lever la troisième phalange de l’auriculaire pour émettre un reproche et l’entreprise vous tombe dessus, vous traitant de vieux con, hostile à la mondialisation ; vous démontrant que l’anglais c’est la langue du business. Que faire ? Nous n’allons pas prier nos cousins québécois de venir à notre secours, ils doivent gérer Céline Dion.

Nous vous offrirons juste deux citations de Charles Quint. Empereur à la Renaissance à l’époque où les nations s’ouvraient aux autres :

« Je parle espagnol à Dieu, italien aux femmes, français aux hommes et allemand à mon cheval. », pas un mot sur l’anglais, déjà c’était la langue des angulés.

« La langue française est langue d’État, la seule propre aux grandes affaires. » Sur des propos, nous vous laissons retourner à vos small business et you see, things will be better tomorrow.

The raft of the Medusa

Prochain article : B comme Bengaluru, le 25 février 2011

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5 commentaires pour K comme KPI (franglais)

  1. Consultor dit :

    Le regretté Georges Brassens chantait :

    « Sans le latin, sans le latin,
    La messe nous emmerde,
    Le vin du sacré calice se change en eau de boudin… »

    Aujourd’hui chanterait-il peut-être :

    « Sans le franglais, sans le franglais,
    Les affaires nous emmerdent,
    Et le sacré bénéfice se change en eau de boudin… »

    • ploooooc dit :

      @Consultor, quel double plaisir que ce commentaire. D’abord de voir que des consultants connaissent Georges Brassens et ne pensent pas qu’il ne s’agit que d’un square ; et ensuite pour cette parodie enlevée.
      Nous nous permettrons de finir la strophe :
      « Le projet qui nous envoûte / S’avère alors anodin / Sans le franglais, sans le franglais /Les consultants s’en foutent / O très Sainte Marie mèr’ de / Dieu, dites à ces putains / De managers qu’ils nous emmerdent / Sans le franglais… »

  2. DCA dit :

    Ça me fait penser à cet article sur les Bullshit jobs: http://www.slate.fr/story/76744/metiers-a-la-con
    et notamment le “corporate bullshit bingo”, avec le début du billet, on doit pouvoir remplir au moins 5 ou 6 grilles.

    • ploooooc dit :

      Oui mais au final, c’est nous qui faisons tourner la matrice… et puis tout cela est très exagéré puisque nous avons un vrai métier : nous sommes lecteurs de Slate.

  3. yoda dit :

    Je connais pas mal de consultants à qui il vaudrait mieux apprendre le sens du mot « fixer ».

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